Regain de violences post-électorales au Bénin : Conséquences d’un excès de zèle, de l’amateurisme ou d’un complot contre la nation ?

« Couvrez vos noix de palme pour éviter des ennuis avec les rats palmistes », dit un adage fon. Telle est la sagesse qui aurait dû inspirer le gouvernement et les forces de sécurité, ces derniers jours pour éviter les scènes de violences qui tiennent le pays en haleine depuis le 11 juin 2019 à partir de Tchaourou et Savè. Cela au grand bonheur des frustrés du système de gouvernance de Patrice Talon qui s’extasient effrontément à coups de messages audios, vidéos et autres sur les réseaux sociaux pour susciter d’autres foyers de tension. Aussi lit-on par-ci par-là des slogans subversifs frisant de la pyromanie ; des slogans du genre : « Allez Tchaourou ! », « Allez Savè ! », « Le peuple est fier de vous ! Le peuple vous soutient ! », « Feu ! Feu ! Feu partout ! Allons déloger le dictateur pour libérer le peuple ! », etc.

Et ce n’est pas que ces compatriotes qui appellent le feu sur leur propre pays, et donc sur eux-mêmes, sont moins patriotes que quiconque. Bien au contraire, c’est le trop grand amour qu’ils portent pour le pays qui les amène à opter pour le déluge afin de remettre tout à plat. Leur seule prière : pourvu que ce déluge n’emporte que le Président Patrice Talon et ses partisans. Or, c’est sans compter avec les victimes collatérales.

Mais sont-ils condamnables ceux qui nourrissent de tels sentiments ? Non. Car, étant donné que le gouvernement de Patrice Talon a décidé d’assumer son impopularité, quitte à dérouler son programme de gouvernance censé faire le bonheur du peuple, c’est à lui d’éviter tout acte de provocation. Or, ce n’est pas ce qu’on observe. Pour ne considérer que la situation sociopolitique tendue qui prévaut dans le pays depuis les élections législatives du 28 avril 2019, voici quelques faits qui défient le bon sens.

Acte 1 : L’absence de communication au sujet de la mise en résidence surveillée de l’ancien Président de la République, Boni Yayi.

Depuis le lendemain des événements malheureux, des 28 avril, 1er et 2 mai, ayant entraîné des pertes en vies humaines et d’importants dégâts matériels, l’ancien Président de la République, Boni Yayi, n’est plus libre de ses mouvements. D’aucuns disent qu’avec ses déclarations incendiaires, le gouvernement n’avait d’autres choix que de le mettre hors d’état de nuire pour un temps ; ce qu’on pourrait admettre tant qu’on n’avait pas encore installé les députés issus des élections controversées du 28 avril. Mais voilà que cet enjeu est passé sans que les mesures restrictives de libertés autour de la résidence privée du leader des Forces Cauris pour un Bénin Emergent (FCBE) ne soient levées. Le pire, c’est que les responsables de la Police Républicaine n’ont pas jugé utile d’organiser ne serait-ce qu’une conférence de presse pour expliquer à l’opinion publique nationale comme internationale les raisons qui sous-tendent ces mesures. Une situation qui est source des rumeurs les plus folles possibles qui stipulent entre autres que Talon, convaincu de sa mort très prochaine, veut tuer Yayi. A quoi rime alors ce mutisme de la Police Républicaine au sujet de l’ancien Président de la République, Boni Yayi ?

 

Acte 2 : L’arrestation, dans une zone aussi sensible que Tchaourou, de présumés coupables d’actes de vandalisme lors des élections du 28 avril.

Nul n’ignore que les frustrés du processus électoral dont sont issus les députés de la 8e législature se comptent par milliers sur tout le territoire national. Et les partis politiques de l’opposition continuent de revendiquer la reprise des élections législatives auxquelles ils n’ont pu participer. Toutes choses qui montrent que la tension demeure vive au sein de la population. Et elle l’est beaucoup plus dans la ville natale de Boni Yayi du fait du traitement austère dont celui-ci est victime (au point que même ses médecins personnels n’ont pas accès à lui) pour des raisons inconnues de l’opinion publique. C’est dans cette atmosphère délétère que la police décide d’opérer des arrestations dans la ville dont la population donnerait tout pour défendre l’un de ses fils en difficulté en la personne de Boni Yayi. Face à cette situation, on est en droit de se poser un certain nombre de questions : ces arrestations répondent-elles à une urgence ? cela favorise-t-il la paix que pense prôner le Chef de l’Etat, Patrice Talon, en annonçant tout récemment un dialogue franc avec l’ensemble de la classe politique ?

 

Acte 3 : Le choix de la période sensible des examens de fin d’année pour opérer des arrestations à Tchaourou.

C’est en pleine période de composition de l’examen du Certificat d’Etudes Primaires qu’ont éclaté à Tchaourou, le 11 juin 2019, de nouvelles violences après celles du 28 avril 2019 : incendies d’édifices publics dont le siège du commissariat de la ville où étaient conservées des épreuves et copies des candidats au CEP, blocages de la circulation routière, échanges de tirs entre forces de l’ordre et insurgés, etc. Et c’est dans cette même période que se déroulent les épreuves orales et sportives de l’examen du Brevet d’Etudes du Premier Cycle (BEPC). Sans oublier le Baccalauréat qui démarre le mercredi 19 juin 2019. C’est dire que la sérénité ne saurait être de mise ni chez les candidats à ces divers examens, ni chez les examinateurs, ni chez les parents des candidats. Alors, la police a-t-elle réfléchi aux impacts sociaux des arrestations entreprises et qui ont provoqué les troubles que nous continuons de déplorer ?

 

Que comprendre de ce regain de violence à Tchaourou et Savè ?

 

Au vu des faits exposés plus haut, nous ne pouvons-nous empêcher de penser à trois hypothèses. 1. Soit les responsables locaux de la police ont agi par excès de zèle dans le seul but de faire croire au Chef de l’Etat qu’ils sont capables de réaliser des exploits ; et là, le Président de la République doit sanctionner de façon exemplaire cette erreur qui vient compromettre les efforts de paix qu’on attend de son gouvernement. 2. Soit ceux qui ont mené l’opération ont fait preuve d’un amateurisme suicidaire ; ce que le Chef de l’Etat ne doit pas pardonner non plus aux tenants et aboutissants d’une telle légèreté professionnelle. 3. Soit, enfin, cette opération a reçu l’aval du Président de la République lui-même parce que certains de ses collaborateurs directs l’auraient induit  en erreur ; ce qui ne peut qu’être alors un piège pour faire basculer le pays dans un long cycle de violences ; cycle de violences car, selon certaines indiscrétions, les arrestations entreprises à Tchaourou ne seraient que les premières d’une longue liste ciblant des responsables politiques ; et le démenti de la police, à travers un communiqué qui passe en boucle à travers les médias publics, est loin de rassurer totalement les populations ; sur ce le Président Patrice Talon aurait intérêt à redoubler de vigilance pour ne pas se laisser noyer par ses collaborateurs qui donneraient tout pour sauvegarder leur confort matériel personnel. De toute façon, il s’agit pour le gouvernement d’agir avec beaucoup plus de tact afin d’allier le bâton et la carotte car, bien qu’il soit impératif de rompre avec l’impunité, il faut savoir quand et comment frapper.  

 

Colbert Tatchégnon DOSSA  

 

 

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Aller à la barre d’outils