Limogeage du Dr. Arikana Chihombori par l’UA: le syndrome de la chauve-souris de l’élite africaine?

Le Dr. Arikana Chihombori a été limogée de son poste d’ambassadrice de l’Union Africaine aux États unis d’Amérique dans des conditions floues. Depuis ce limogeage inattendu, une théorie persistante se dégage : elle serait limogée pour ses prises de positions très critiques à l’endroit de la politique occidentale en Afrique en general, et française en particulier. On pourrait être tenté de dire que cela procède de la théorie du complot, mais d’autres exemples passés (le cas du Togolais Kakpo Nubukpo) nous entrainent à nous pencher sérieusement sur le dernier cas. Dr. Chihombori a-t-elle manqué à son devoir ? Ce qu’elle a dénoncé relève-t-il de la diffamation ? La réponse est-elle simplement “non” ! Alors pourquoi l’UA l’a limogée ? Réponse : une certaine élite africaine à la tête de nos institutions sont atteintes du syndrome de la chauve-souris. Comme cet animal attytique, cette élite s’urine continuellement dessus, elle voit le monde avec la perspective de la chauve-souris. Voyons les péchés du Dr. Chihombori.

1er péché : la dénonciation de la conférence de Berlin

La conférence de Berlin s’est tenue du 15 Novembre 1884 au 26 Février 1885. C’est au nom de Dieu que conférence s’est tenue. Dans l’acte général, on pouvait lire : «Au nom de Dieu Tout-Puissant, Sa Majesté l’Empereur d’Allemagne, Roi de Prusse, Sa Majesté l’Empereur d’Autriche, Roi de Bohème, etc., et Roi apostolique de Hongrie, Sa Majesté le Roi des Belges, Sa Majesté le Roi de Danemark, Sa Majesté le Roi d’Espagne, le Président des États-Unis d’Amérique, le Président de la République Française, Sa Majesté la Reine du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d’Irlande, Impératrice des Indes, Sa Majesté le Roi d’Italie, Sa Majesté le Roi des Pays-Bas, Grand Duc de Luxembourg, etc., Sa Majesté le Roi de Portugal et des Algarves, etc., Sa Majesté l’Empereur de toutes les Russies, Sa Majesté le Roi de Suède et Norvège, etc., et Sa Majesté l’Empereur des Ottomans ». Comme vous pouvez le remarquer, aucun pays, empire ou royaume africain n’y figure. Et pourtant, l’Afrique était l’objet exclusif de la conférence. C’est à cette conférence que nous devons le continent violé, déchiré et dépiécé tel un cadavre après le passage de centaine de vautours affamés. La conférence de Berlin a divisé des familles, des villages, des villes, des pays, des royaumes, des empires, des nations en Afrique. La colonisation est venue achever ce que la conférence de Berlin a commencé.

2ème péché : la dénonciation de la colonisation  

Quand on lit les sujets à l’ordre du jour pendant la conférence de Berlin, le deuxième point inscrit à l’ordre du jour était : « Déclaration concernant la traite des esclaves ». À méprendre, on pourrait croire que les puissances réunies à l’époque à Berlin se souciaient du bien-être des peuples d’Afrique fait esclaves. En réalité, ce chapitre est un cache-sexe, qui malheureusement peine à masquer le vrai dessein de vautours autour de la table à Berlin. La preuve : un sel article laconique est consacré à cette question majeure pour les peuples d’Afrique. Lisons ensemble : « Article 9. Conformément aux principes du droit des gens, tels qu’ils sont reconnus par les Puissances signataires, la traite des esclaves étant interdite, et les opérations qui, sur terre ou sur mer, fournissent des esclaves à la traite devant être également considérées comme interdites, les Puissances qui exercent ou qui exerceront des droits de souveraineté, ou une influence dans les territoires formant le bassin conventionnel du Congo, déclarent que ces territoires ne pourront servir ni de marché ni de voie de transit pour la traite des esclaves, de quelque race que ce soit. Chacune de ces Puissances s’y engage à employer tous les moyens en son pouvoir pour mettre fin à ce commerce et pour punir ceux qui s’en occupent. » Ce qui a tout l’air d’un acte d’humanité est en fait un acte d’économie capitaliste et de racisme d’extrême droite. Économique d’abord, parce que l’industrialisation de l’Europe et de l’Amérique a rendu le travail des hommes moins rentable dans les deux parties du monde. L’Occident n’avait plus besoin de la force de travail et du savoir-faire des Noirs chez lui, mais plutôt des matières premières et de la force de travail des Noirs en Afrique. Les Africains seront ainsi faits esclaves chez eux. Ils travailleront sous les coups de fouets, de bottes et de crachats. Racisme ensuite, car l’Occident ne voulait pas de trop de Noirs sur son territoire. Puisque leurs muscles et leur savoir-faire n’étaient importants, trop de Noirs poserait de problème à la suprématie blanche. Ce qui était un fait en 1885 en Occident, l’est encore aujourd’hui. Il n’y a qu’à voir le traitement réservé aux migrants africains en Europe pour s’en convaincre.

La vie des populations, le bien-être des peuples africains étaient le dernier des soucis du conquérant occidental. L’exemple le plus prégnant est le Kongo. Dans cette région, objet central de la conférence de Berlin, l’on y a mutilé des femmes et des hommes, kidnappé des enfants, violé les femmes, décapité femmes et hommes pour installer la terreur et obliger les populations a produire gratuitement du caoutchouc pour l’industrie occidentale au nom de la mission civilisatrice. En Afrique australe, plus précisément en Namibie, les allemands y ont expérimenté les premiers camps de concentrations de l’humanité. Le peuple Herero y a perdu son essence. Partout en Afrique, l’on a brûlé, tué, et pillé. Tout a été rasé.

Le vrai enjeu était le partage de l’Afrique et sa conquête par les puissances réunies à Berlin par tous les moyens. Dénoncer la colonisation est signe d’équilibre mental.

 3ème péché : la dénonciation de la néo colonisation

Les élites atteintes du syndrome de la chauve-souris crient sous tous les toits que l’Afrique a été décolonisée et qu’elle serait maître de son destin. Quand un esprit sain, tel Dr. Arikana Chihombori, essaie de les redresser, de les mettre à l’endroit, pour qu’elles cessent de s’uriner dessus, les élites-chauves-souris se braquent et la livrent aux loups. « Tout va bien. Nous roulons des voitures de luxe. Nous avons plusieurs villas. Nous avons des comptes en Suisse. Nous allons nous faire soigner à l’étranger quand nous sommes malades. Nos enfants sont dans des écoles et universités privées. Où est donc le problème. De quoi parle cette méchante femme sorcière ? » se demande perplexe l’élite-chauve-souris africaine. Et pourtant, si l’élite-chauve-souris regardait à l’endroit, elle comprendrait que sa perspective lui permet jusque de voir le sommet de la pyramide. Elle se voit elle-même et ses semblables. La grande partie est celle que voit le Dr. Arikana Chihombori. De cette perspective, elle voit sous ses yeux les méfaits de la néo colonisation symbolisée par le franc CFA et zone formée par les anciennes colonies françaises. Ces pays sont tous classés comme pays où l’Indice du Développement Humain est faible. Aussi, le Niger, la République centrafricaine, le Mali, le Burkina Faso font partie des derniers du classement. Le Niger ferme le podium. Pourquoi cet indice est révélateur du désastre de la France en Afrique ? Les pays cités sont des pays au potentiel minier très fort. Malheureusement, l’exploitation de ces ressources profite exclusivement à la France et à l’élite-chauve-souris. L’allié incestueux de la France. On fait croire aux Africains que les ressources minières seraient une malédiction. Et pourtant, la Norvège, en tête du classement doit son abondance à ses ressources naturelles. Mais l’élite-chauve-souris est incapable de s’inspirer d’exemples positifs. Elle se dispute et se tue autour des miettes de son propre gâteau au lieu de se mettre ensemble pour arracher le gâteau des griffes du voleur.

Critiquant le néocolonialisme français, le Dr. Arikana Chihombori exhorte l’élite africaine à se dresser, à sortir de sa léthargie prolongée afin de changer la situation. Les pays comme la France, gros profiteurs du sommeil des Africains, n’aiment pas trop les personnes comme le Dr. Arikana Chihombori. Les critiques de cette grande dame sont fondées. La situation dans les pays anciennes colonies de France suffit à elle seule à clouer le bec à toute élite-chauve-souris. Malheureusement, c’est sous-estimer la profondeur du mal.

4ème péché : l’appel au retour de la diaspora noire en Afrique

 L’appel du Dr. Arikana Chihombori à la diaspora noire pour qu’elle rentre et prendre sa place en Afrique est un péché capital. Après des siècles de lavage de cerveau scientifiquement planifié par l’occident pour opposer l’Afrique à sa diaspora victime de la tragédie de l’esclavage, l’ambassadrice de l’UA aux USA faisant son travail essaie de briser cette œuvre maléfique. Elle essaie d’expliquer aux noirs américains que leurs parents restés en Afrique ne les ont pas vendus ; que ceux restés en Afrique ont subi sous la colonisation et/ou subissent encore sous la néo colonisation aujourd’hui l’esclavage ou la répression économique exercée par l’occident. Grâce à ce discours, de plus en plus de noirs de la diaspora font le pas du retour sur la terre de leurs ancêtres. Si l’élite dirigeante africaine avait une perspective à l’endroit, Dr. Arikana Chihombori mériterait une décoration très spéciale.  Ceci se ferait dans un monde normal. Mais l’Union Africaine semble avoir la perspective de la chauve-souris.

Auteur: Akéouli Nouhoum

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