Les opposants qui incitent le peuple béninois à l’héroïsme sont-ils prêts à l’y accompagner ?

« Qui te prive de sa viande de bœuf te sauve de la goutte », dit un adage gun (Bénin). La consommation de la viande de bœuf perçue, en effet, comme une cause de la goutte, du moins empiriquement, la sagesse populaire (en milieu gun) recommande à celui qui en serait privé d’en remercier celui qui en aurait décidé ainsi croyant lui faire du mal.

Voilà ce à quoi ressemble le baroud d’honneur de l’opposition politique béninoise face au Président de la République, Patrice Talon. Ceux qui travaillent à priver le Bénin de « la viande de bœuf » dont celui-ci pourrait bénéficier de la part de la communauté internationale, ce sont bien les anciens Présidents de la République, Nicépore Dieudonné Soglo et Boni Yayi avec certains de leurs amis de l’opposition.

C’est ainsi que nous apparaît la campagne d’instigation à l’isolationnisme du Bénin qu’ils ont entreprise en guise de représailles contre la méthode de gouvernance austère de Patrice Talon qu’ils qualifient d’autocratique. 

L’ancien Président de la République, Nicépore Dieudonné Soglo, déclarait en effet, le 23 mai 2019, à l’issue d’une visite à son partenaire politique du moment, Boni Yayi, ce qui suit : « J’ai rencontré des organismes financiers internationaux pour leur dire de ne pas faire confiance au Parlement issu d’élections non inclusives, marquées par un taux d’abstention de plus de 70%… J’ai aussi convaincu des chefs d’Etat de la sous-région et des partenaires techniques et financiers qu’un tel Parlement n’est pas représentatif du peuple béninois, et que ce serait à leurs risque et péril s’ils prennent en compte des lois sur des accords de prêt venant de cette législature… Les autres chefs d’Etat n’attendent que la décision du président du Nigéria, Muhammadu Buhari, pour sceller le sort de Patrice Talon et du Parlement. »

Une déclaration qui fait écho à un appel émis par le Bureau politique des Forces Cauris pour un Bénin Emergent (FCBE) datant du 22 mai 2019, en ces termes : « Le Bénin est aujourd’hui un pays sinistré où démocratie, état de droit, droits de l’homme sont en état avancé de putréfaction. Le tableau clinique que l’on peut dresser est sombre et le mal ne peut plus être traité avec dilettantisme, il mérite un traitement de choc, une concentration des efforts de tous les instants de la communauté nationale, internationale, la société civile nationale, africaine et internationale et du peuple béninois. (…) Par les pratiques inhumaines et dégradantes que les dirigeants infligent aux populations, le Bénin se met de plus en plus au banc (sic) de la Communauté Internationale. Elle doit réagir et une fois encore en faire un pays de concentration de ses efforts, une priorité. Elle doit mettre en œuvre les mécanismes appropriés pour aider les béninois à récupérer la démocratie, l’état de droit et renouer avec le respect des droits de la personne Humaine. (…) La situation du Bénin appelle la communauté internationale à oser une ingérence humanitaire. (…) C’est un SOS, un cri de cœur, un appel à assistance à pays en danger que nous lançons à la Communauté Internationale, la Société Civile Nationale Africaine et Internationale. » 

Ainsi certains partis d’opposition, avec à leur tête nos anciens Chefs d’Etat, Nicépore Dieudonné Soglo et Boni Yayi, après avoir tenté en vain d’influencer la politique du pouvoir en place, trouvent que la seule chose qui puisse arrêter Talon dans « sa folie des grandeurs » serait d’isoler le Bénin des autres Etats du monde. Pire, le Bureau Politique des FCBE appelle la Communauté Internationale à « oser une ingérence humanitaire » dans notre pays. Un appel dont se désolidarise quand même le Parti Communiste du Bénin (PCB), pour des raisons qu’il explicite : « Face à cet appel ouvert, grave et surprenant et auquel une réponse positive aura un impact profond et durable sur le sort du peuple et du pays de Béhanzin, de Bio Guerra et de Kaba, le Bureau Politique du PCB, réuni en urgence, ce jour 23 mai 2019, publie la déclaration dont la teneur suit. 1- Sur la base des principes universels de souveraineté, le Parti Communiste du Bénin a toujours défendu que « tout problème interne au Bénin, qu’il soit d’ordre politique, sécuritaire ou autre, ne peut être résolu que par le peuple béninois lui-même, certes avec le soutien des peuples du monde, mais sans intervention militaire étrangère. » ; 2- L’ingérence humanitaire est depuis les années 1990, le nouvel alibi forgé par les puissances impérialistes et dominatrices (après les missions de civilisation) pour couvrir et justifier des interventions militaires dans les pays pauvres et dominés. Cette ingérence soi-disant humanitaire sert à ces puissances à occuper les territoires des pays, y installer durablement leurs bases militaires, diviser les populations, entretenir les dissensions intercommunautaires pour se présenter toujours en sauveurs et justifier leur présence permanente. Les exemples sont légions sous nos yeux : le Mali, la Centrafrique, la Libye, etc. Depuis 2013, par exemple, les troupes étrangères (françaises et autres), sous des noms divers, dont l’appellation Barkhane occupent le Mali sans résoudre aucun problème de paix, de cohésion et d’unité nationales. Appeler à l’ingérence humanitaire dans son pays, revient donc, au vu de l’expérience concrète, à un appel à l’agression de son pays par les puissances étrangères, et cela n’est pas digne de responsables politiques qui tiennent à la souveraineté de leur peuple et à l’indépendance de leur pays.  Cela s’apparente tout simplement à une trahison des héros de l’histoire de notre pays et à la mise en avant d’intérêts particuliers, à l’exclusion des intérieurs supérieurs de la patrie. »

Hormis l’appel de la Communauté Internationale, par les FCBE, à « oser une ingérence humanitaire » que dénonce le PCB, peut-être que Soglo et cie sont inspirés par les Mânes de nos Ancêtres à indiquer au peuple béninois la voie du salut qui passe par l’héroïsme. Au lieu donc d’être blâmés, Soglo et cie devraient être loués pour leur patriotisme. Seulement, sont-ils prêts à accompagner le Bénin sur ce chemin de souveraineté ?

En effet, à quoi ressemblerait le Bénin souhaité par Soglo et cie ? Un Bénin privé d’accords de prêts pour financer des infrastructures socio-communautaires (routes, centres de santé, écoles, électricité, eau, etc.). Un Bénin sans accords de partenariats sur aucun plan (social, sanitaire, militaire, politique, etc.) : nous pourrions être attaqués par des groupes terroristes sans pouvoir solliciter de l’aide militaire de la part des forces de défense de la sous-région ; nos diplomates pourraient être renvoyés des pays où ils interviennent. Un Bénin sans échanges commerciaux : notre coton dont la production est en pleine croissance pourrait ne pas trouver de preneurs. Un Bénin exclu des grandes instances internationales de décisions politiques.  

Alors, s’il arrivait que les démarches de Soglo et cie prospéraient, nos opposants apôtres de l’isolationnisme du Bénin sont-ils prêts à accompagner le peuple béninois à prendre son destin en main et sortir du rang des pays quémandeurs d’aides au développement ? Sont-ils prêts à encourager la jeunesse béninoise à travailler dix fois plus qu’aujourd’hui pour créer de la richesse à l’intérieur du pays ?  Sont-ils prêts à sensibiliser les fonctionnaires à souffrir des abattements de leurs salaires aux fins de financer des projets de développement ? Sont-ils prêts à soutenir le gouvernement béninois dans des projets d’industrialisation aux fins de transformer sur place notre coton que nous ne pourrions plus vendre à l’étranger ? Bref, sont-ils prêts à consentir avec le peuple le sacrifice nécessaire pour traverser la voie qu’ils nous indiquent ? Ou bien leur problème se limite aux revendications politiques : « l’annulation et la reprise d’élection inclusives devant permettre conformément à notre constitution et aux principes démocratiques au peuple d’élire ses représentants à l’Assemblée Nationale ; la fin des arrestations et persécutions de tout genre dont la séquestration en cours de l’ancien Président Boni YAYI ; le retour des exilés politiques et la fin de la terreur politique dans le pays » ?

Colbert Tatchégnon DOSSA, Ecrivain.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Aller à la barre d’outils