Les esclaves du président Talon

Le dictionnaire de la langue française LAROUSSE définit l’esclave comme suit : 

  1. Personne de condition non libre, considérée comme un instrument économique pouvant être vendu ou acheté, et qui était sous la dépendance d’un maître. 
  2. Personne soumise à un pouvoir arbitraire. 
  3. Personne qui est sous la dépendance complète d’une autre personne. 

Les trois définitions faites de l’esclave illustrent les réalités politiques en République du Bénin. Depuis le 6 avril 2016, le président élu a tout mis en œuvre pour avoir le contrôle total de la classe politique et des secteurs clés de l’économie du Bénin. Pour ceux qui ne connaissent pas le Bénin, voici une brève présentation.

  1. Le Bénin, l’exemple qui inspire en Afrique

La situation socio-politique que traverse le Bénin en ce moment appelle chaque Béninoise et chaque Béninois à donner son avis. Pour ceux qui ne connaissent pas le Bénin : c’est un petit pays (dans les proportions africaines car le Bénin fait à peu près quatre fois la taille (112622 Km2) de la Belgique avec presque le même nombre d’habitants (onze millions poussière). Limité au nord par le Niger et le Burkina Faso, à l’est par le Nigéria et à l’ouest par le Togo, le Bénin est situé en Afrique de l’ouest. Le pays est connu non seulement pour sa diversité culturelle et comme terre du Vodoun, mais également comment la semence politique de l’Afrique francophone : c’est la terre de grands résistants (Gbéhanzin, Kaba, Bio Guerra, les Amazones)  au colonialisme français, du communisme politique (une parenthèse politique qui a forgé les esprits à lutte pour l’égalité des chances et la naissance d’une nation unie consciente de son existence en tant qu’entité au sein des autres nations du monde), et enfin du renouveau démocratique, qui comme une trainée de poudre a servi de leçons bien appliquées ou pas aux autres États francophones dans les années 90. 

C’est l’exemple béninois qui a servi de cache-sexe à certains dictateurs (c’est le cas de Mobutu du Zaïre) pour montrer une image adoucie de leur pouvoir et d’exemple concret pour les pays qui voulaient vraiment se démocratiser. Ainsi le Bénin est aujourd’hui salué et respecté pour sa démocratie. Une démocratie qui repose sur la constitution de février 1990 : le fétiche du peuple béninois, comme se plaisent à l’appeler les commentateurs politiques du Bénin. C’est donc cette constitution qui permet le vivre ensemble. C’est elle qui permet la représentativité à l’Assemblée Nationale de la mosaïque des peuples qui font la nation. Ce sont ces représentants du peuple que le président Talon veut transformer en esclaves. Si le président Talon réussit, c’est toute l’Afrique francophone qui risque de basculer dans la même dérive dictatoriale.

  1. Comment fait-on des esclaves ?

Les trois définitions ci-dessus cadrent malheureusement avec la réalité actuelle de l’Assemblé Nationale de la République du Bénin (une République qui ne l’est que de nom sous le Gouvernement Talon, car le Bénin est aujourd’hui une Oligarchie avec des masques républicains). Arrivé au pouvoir sans parti politique, le président Talon a acheté aux partis politiques siégeant au parlement une soixantaine de députés sur les quatre-vingt-trois que compte l’Assemblée Nationale. Cette transaction a été révélée par la doyenne d’âge du parlement Mme Rosine Soglo. Complétement soumise à M. Talon, la soixantaine de députés vote sans discrimination toutes les lois qui leur sont présentées à l’Assemblée Nationale. Mais l’argent seul ne suffit pas à contraindre un humain à l’esclavage. Le président Talon détient des dossiers sur plusieurs députés. Le cas le plus emblématique est celui de M. Barthélémy Kassa qui alors ministre sous le président Boni Yayi avait détourné les fonds alloués par la Hollande pour la fourniture en eau potable à la population rurale. Coup de théâtre, le ministre est lavé de tout soupçon par la justice depuis qu’il est passé de l’opposition à la mouvance. Malgré les protestations de la Hollande, M. Kassa est libre de ses mouvements. Mais sans dossiers, le président Talon a d’autres moyens pour se faire des esclaves. Personne ne semble y faire attention et pourtant la santé est un moyen très efficace de pression. Depuis son arrivée au pouvoir, le président Talon a entrepris des réformes dites majeures; mais la réforme des évacuations sanitaires est l’arme la plus redoutable qu’il détient : les évacuations coutent excessivement chères. Très peu de personnes peuvent à elles seules supporter ces coûts. Sous le fallacieux prétexte de réduire les dépenses, le président Talon a créé une agence chargée des évacuations sanitaires logée à la présidence. C’est cette agence qui décide au cas par cas du destins des malades candidats aux évacuations sanitaires. Pour qui connait le plateau technique des hôpitaux du Bénin, le sous-équipement est le lot quotidien du personnel très qualifié existent. Plusieurs traitements exigent une pris en charge ou une évacuation vers des hôpitaux mieux équipés à l’extérieur. Certains députés font partie du lot des malades nécessitant les évacuations. Pour sauver sa vie ou celle des personnes qu’on aiment, on est prêt à être esclave de celui en détient le pouvoir. Nos députés béninois seraient-ils dans cette situation ? Tout conduit à une réponse affirmative.

  • Des esclaves pour quoi faire ?

Pour quelle raison le président Talon a-t-il besoin du contrôle total de l’Assemblée National. La réponse se trouve à deux niveaux : le système politique de la République du Bénin et les intérêts de l’homme d’affaires Patrice Talon. Les deux niveaux sont liés l’un à l’autres. Le premier garantit le second. Comment ? Poursuivons la causerie.

La constitution de la République du Bénin consacre le régime présidentiel au système politique du Bénin. Mais pour éviter que le président soit hyperpuissant, la constitution accorde à l’Assemblée Nationale le droit de contrôler l’action du gouvernement, de voter les lois, et de donner les moyens à l’exécutif à travers les votes du budget de l’État, la ratification des accords de prêts. Sans une Assemblée acquise au gouvernement, il est impossible au président de la république d’atteindre les objectifs fixés par son gouvernement. L’impasse actuelle au Bénin réside dans la double identité de Patrice Talon : Président de la République du Bénin et homme d’affaires le plus riche du Bénin. C’est cette double identité qui impose à l’homme Talon d’avoir le contrôle du parlement, la seule voie pour sécuriser ses affaires. Quelles sont ces affaires ?

M. Talon s’est enrichi en faisant des affaires avec l’État béninois. Selon plusieurs sources, il doit sa fortune colossale aux marchés publique obtenus souvent au gré à gré dans la fournitures des intrants agricoles notamment. Aujourd’hui en plus du secteur de la production cotonnière, le président et homme d’affaires contrôle le secteur très juteux de la collecte des taxes douanières au port et aux frontières à travers ses sociétés Bénin Control SA, Sodeco SA, Astral, etc… La liste est très long. Les intérêts de M. Talon sont une sorte de pieuvre qui n’épargne aucun secteur porteur au Bénin. Les intérêts de l’homme d’affaires Talon se confondent et se confrontent aux intérêts du Président Talon, donc du pays. Tant qu’il existera une opposition forte, le mélange des genres à la tête du Bénin ne permettra pas le sommeil tranquille à l’homme aux deux identités. C’est pour assurer un avenir sûr à ses affaires que M. Talon a besoin d’esclaves au parlement du Bénin. Pour être en mesure d’avoir ses esclaves législateurs, le président Talon a tout fait pour qu’il ait une élection sans l’opposition. Que se passerait-il s’il réussissait ce dessein, ce plan dangereux ? 

  • Un pays pauvre gouverné par un oligarque

Par deux fois depuis 2016, le gouvernement Talon a essayé de réviser la constitution du Bénin sans succès grâce ou à cause de la minorité parlementaire. Une poignée de blocage qui a empêché Talon d’allier harmonieusement les intérêts personnels et les intérêts publics. La minorité parlementaire a été le gardien du temple des fétiches du Bénin. Un parlement sans une opposition sera une porte ouverte à plusieurs dérives. Le président croit être plus libre de se consacrer à ses affaires et au développement s’il n’y plus du fond du parlement une voix qui le rappelle au respect des textes. Les députés esclaves croient pouvoir profiter des largesses de leur maîtres (M. Talon). Cependant rien n’est sûr. Le maître perdra tout son temps en le consacrant au contrôle de ses esclaves. Il ouvrira les dossiers dormant des récalcitrants, des rebelles, de ceux qui oseront poser des questions, de ceux qui oseront briser leurs chaînes. M. Talon ne leur fera aucun cadeau : ils seront lynchés, comme jadis l’on le fit à nos ancêtres en Europe et dans les Amériques. Au lieu de se consacrer au développement comme ils se l’imagent, et députés esclaves et maître perdront le temps au pays dans une lutte inutile. Le grand perdant sera le peuple et le pays. Les grands gagnant : M. Talon, sa famille et ses amis. A supposer que les élections législatives se tiennent dans les conditions actuelles, où seulement les deux partis créés par le président Talon sont qualifiés à y prendre part, le parlement et le peuple béninois seront sans bouclier face à l’avidité de l’homme d’affaires Talon. Le président Talon sera sans bouclier face à lui-même. Le peuple béninois sera l’esclave de l’homme d’affaires Talon et le président Talon, l’institution Talon ne pourra rien faire. Le Bénin est-il prêt à prendre ce chemin ténébreux. Le président Talon pourra-t-il jamais prendre le dessus sur l’homme d’affaires Talon ? 

Auteur : Nouhoum Baoum

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