Le Parti Social Libéral (USL) au Bénin : l’enfant né avec des dents !

Où est-il né, l’enfant ?

Depuis le 24 mars 2018 l’univers politique béninois s’est élargi à un nouveau parti. Cela se passe donc au Bénin ; un pays que tout le monde n’arrive pas à situer sur la carte du monde.  La République du Bénin est un petit pays africain (de par sa superficie de 114.763 km² et sa population de 10 008 749 habitants, d’après le RGPH4 de   2013). Mais cet adjectif « petit » n’a de sens que dans la sphère africaine, car le Bénin, à lui seul, fait la taille de la Belgique, du Luxemburg, des Pays-Bas et du Danemark (sans sa colonie du Groenland) réunis, soit environ 117575 km2. Il faut insister sur la contextualisation de cet adjectif pour que l’on sorte des images d’Epinal tendent à minimiser les pays africains : « C’est un petit pays, nous n’avons pas les ressources des grands pays ! » Le Bénin fait donc la taille de trois pays européens qui, malgré leur « petitesse », prennent leur place dans le concert des nations. C’est dire que le Bénin n’est pas aussi petit que l’on le pense souvent.

Le Bénin, limité au nord par le Niger et le pays des hommes intègres (Burkina Faso), à l’ouest par le Togo et à l’est par le Nigéria (voisin qui rend le Bénin invisible sur la carte, de par sa taille), est situé dans le Golfe de Guinée. Il fut tantôt surnommé « enfant malade d’Afrique » à cause de son instabilité politique, tantôt « quartier latin d’Afrique » pour le désordre et les agissements de son élite. Une élite qu’un ancien président (Mathieu Kérékou) fatigué et désarçonné par ses intrigues traitera « d’intellectuels tarés » ! Pourtant, ce petit État ouest-africain a inspiré beaucoup de pays dans la recherche de solutions africaines de gouvernance (l’expérience du communisme et de la conférence nationale souveraine) plus récemment et dans la lutte pour l’auto-détermination, la dignité humaine et anti-impérialiste (Gbéhanzin, Bio Guerra et alui). Des expériences d’abord béninoises qui ont après irradié une grande partie du continent africain. C’est pour cette raison que la naissance du cent énième parti politique sur le sol béninois, vu le statut social de son géniteur (l’opérateur économique Sébastien Germain Ajavon), mérite une attention particulière. Alors, bienvenue chez le nouveau-né !

Le paysage politique du Bénin

Le Parti Social Libéral (USL), l’enfant terrible du Bénin naît dans le cadre d’une famille nombreuse. Si environ onze millions d’habitants bénéficient des soins d’une centaine de partis politiques, c’est à peu près un parti politique pour 100 000 habitants. On se demanderait, vu le nombre pléthorique des partis existants, ce que l’Union Sociale Libérale pourrait offrir de plus. Car il faut le reconnaitre, la richesse en partis politiques au « quartier latin d’Afrique » ne rime pas avec la pluralité des opinions. Les partis politiques n’ont aucune ligne idéologique. Et quand celle-ci existe, elle reste floue, pas claire si bien que certains en arrivent à déclarer urbi et orbi : « Nous sommes fatigués de faire de l’opposition ! » Les partis politiques sont des supermarchés de marchandages de voix, ayant pour gérant le président fondateur, son clan familial ou ses amis. On peut citer un échantillon bien connu : le Parti du Renouveau Démocratique (PRD), la Renaissance du Bénin (RB), le Parti Social-Démocrate (PSD). Le parti naît souvent avec un gourou ou une dynastie et disparait avec ceux-ci. Les partis politiques sont aussi parfois des instruments de pressions de quelques hommes d’affaires, qui se servent de leur pouvoir de l’argent pour s’imposer et rivaliser avec les partis des politiciens professionnels afin de préserver leurs intérêts économiques. Il faut citer à ce niveau le Mouvement Africain pour la Démocratie et le Progrès (MADEP) et l’Union Pour la Relève (UPR). Par ailleurs, il y a, pour fermer cette liste, les alliances de partis politiques, qui ont parfois des succès électoraux. A l’opposé des deux premières catégories, les alliances ont, même si elles sont souvent suscitées par un individu ou autour d’un leader, le mérite de regrouper plusieurs tendances, qu’elles soient idéologique, régionale, ethnique ou religieuse. C’est le cas des Forces Cauri pour un Bénin Emergent (FCBE), de l’Union fait la Nation (UN) ou du défunt regroupent UBF (Union pour le Bénin du Futur, qui disparut comme il naquît dès la fin du régime de Mathieu Kérékou). La politique béninoise est donc un véritable capharnaüm dans lequel les hommes issus des milieux non politiques c’est-à-dire sans aucune expérience politique assument des fonctions politiques. Le peuple n’a souvent affaire qu’à des illustres inconnus qu’il ne découvre que lors de leur nomination ou en période électorale. L’illustration la plus patente est qu’aucun parti politique traditionnel n’est parvenu au pouvoir d’État ! Qu’en sera-t-il alors du nouveau-né ? Où peut-on classer le benjamin de la famille politique du Bénin ?

L’enfant né avec des dents !

L’Union Sociale Libérale est née avec des dents et la virilité en extase, est-on tenté de dire. Les discours des invités et des promoteurs de ce regroupement politique laissent entrevoir les ambitions de l’enfant sorcier de la politique béninoise. Il semble vouloir rompre avec les codes actuels des partis politiques. Il n’est pas né pour un quelconque marchandage. Il veut conquérir le pouvoir d’État et travailler pour le bonheur du peuple. Certes, le discours n’a rien de nouveau. Mais le nouveau parti semble avoir compris la dynamique nouvelle dans le pays. Seulement, comment parviendra-t-il à faire oublier celui qui est aujourd’hui le président d’honneur du parti en la personne de Sébastien Germain Ajavon ? Là est l’équation à résoudre pour que l’USL ne dépende pas essentiellement de la fortune de son président d’honneur. Les membres font fort pour prouver que le nouveau parti n’est pas un instrument de chantage politique, vu la fonction d’opérateur économique de son créateur. Comment ne pas soupçonner le président Ajavon de vouloir faire chanter le chef du gouvernement actuel, si l’on prend en compte les relations plutôt tendues (référence aux précédents tels que la fameuse affaire des « 18 kg de cocaïne pure », le redressement fiscal des sociétés de Sébastien Ajavon, etc.) entre lui et son allié de la présidentielle de 2016 ? Même si les géniteurs de l’USL se défendent de toute démarche pour des intérêts personnels, ces questions resteront sans réponses jusqu’à ce que des actes viennent les confirmer ou les infirmer.

Néanmoins, nous disons que l’USL est né avec des dents car jamais un parti politique n’était aussi bien parti pour réussir : les créateurs disposent de ressources financières abondantes pour s’autoriser une participation à toutes les élections sans se rallier au gardien de la marmite (le gouvernement) ; le parti dispose de moyens matériels de communication (radio et télévision) et enfin d’une idéologie qui mérite qu’on s’y attarde. Les responsables de la communication du parti soutiennent que leur parti est mu par l’idéologie sociale libérale. Et les détracteurs ont tôt fait de dire que cette combinaison du socialisme et du libéralisme serait utopique et impossible. Sans être l’avocat du diable USL, nous voudrions ici faire comprendre que c’est une innovation qu’il faut plutôt applaudir car cette idéologie présente des aspects positifs insoupçonnés. Et pour cause : le socialisme libéral est africain ; et c’est le chemin qui mènera l’Afrique à son développement. Pourquoi ?

Le socialisme et le libéralisme sont africains

Le socialisme est un « ensemble de doctrines inspirées par des sentiments humanitaires, fondées sur une analyse critique des mécanismes économiques et parfois du statut politique de l’État, ayant pour objectif la transformation de la société dans un sens plus égalitaire », selon le CNRTL. Et le libéralisme ? « Le libéralisme économique (capitalisme) considère que la recherche du profit et de l’intérêt personnel constitue le moteur du progrès. Il doit s’accompagner de libertés fondamentales : liberté de vendre et d’acheter des biens, liberté d’entreprendre et liberté de propriété », selon le site de l’Université de Sherbrooke. De ces deux définitions naîtra celle du social-libéralisme qui est « une doctrine politique qui cherche à concilier les principes du socialisme ou de la social-démocratie avec ceux du libéralisme », selon la Toupie. On pourrait penser que le social-libéralisme est étrangère au Bénin ou à l’Afrique en général. Pourtant, le Bénin comme la grande majorité des pays africains connaissent le social-libéralisme. Il est présent dans les sociétés africaines. D’une part, il se manifeste par la présence et la tradition des marchés. Chaque individu a le droit d’entreprendre et d’avoir du succès. Le marché est à tous et personne n’empêche l’autre d’exercer. Mieux, on peut rester côte à côte pour vendre les mêmes articles. D’autre part, la prospérité (issue du marché) se partage. D’où le phénomène des vidomègon : enfants placés Abstraction faite des dérives constatées qui salissent un fait social à la base noble) à travers lequel les parvenus au sein d’une collectivité ont le devoir d’adopter des enfants de leurs parents (au sens le plus large possible du terme) et assurer leur éducation. D’autre part, la tradition des tontines permet de garder une certaine solidarité : on passe par des économies de groupe pour acquérir des biens et services sociaux. Sur le plan agricole, chacun dispose d’un champ. Mais le système de l’entraide permet à l’individu de bénéficier de l’aide de la collectivité pour labourer son champ ou pour récolter. Les plus forts (plus chanceux ou encore plus rusés) n’écrasent pas les plus faibles en leur prenant leurs moyens de subsistance, en leur offrant pour unique issue l’aliénation de leur liberté d’entreprendre pour travailler pour le plus fort. Ainsi, le libéralisme se confond proprement au socialisme dans le contexte traditionnel africain car il fonctionne non pas pour une personne ou pour un groupe, mais pour tout le monde.

Alors, l’USL étant née dans une période où le libéralisme profite avec “ruse et rage” seulement à un camp et non à tous, à une époque où le contrat social est rompu et où l’homme devient un loup pour l’homme, il faut une nouvelle utopie qui fasse rêver à nouveau le peuple et l’électeur. Et la chance de l’USL, c’est que leur utopie n’en est pas une. Elle est déjà le quotidien du bas peuple même si personne n’est à l’abri de la corruption, de l’individualisme liés à l’occidentalisation à outrance des Africains. C’est cette utopie qui a permis à toutes ces populations de résister à toutes les calamités qu’elles ont connues. C’est dire que le socialisme libéral peut contribuer à libérer les énergies créatrices d’idées et de prospérité en garantissant

une compétition saine tout en permettant à l’État de venir en aide aux populations pauvres ou vulnérables.

 

Il faut mettre du contenu dans le bocal USL

Il urge pour le nouveau parti de mettre du contenu dans le bocal qu’il présente au peuple béninois. S’il veut réussir, il devra se garder de faire du copier-coller des expériences occidentales. Nous avons d’autres réalités chez nous. Même si le nom du concept ne change pas, le contenu du concept ne peut pas être le même. Pourquoi ? En Allemagne, il y a quatre saisons : l’hiver, le printemps, l’été et l’automne. Au Bénin, il y en a deux : la saison sèche et la saison pluvieuse. Pensez-y. Comme nous l’avons dit au début, plusieurs pays pourront bientôt s’inspirer de cette nouvelle expérience de la terre de Gbéhanzin, Toffa, et Bio Guerra.

 

Akéouli Nouhoum Baoum

 

 

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