L’AFRIQUE À L’HONNEUR DANS DES CLUBS DE FOOTBALL OCCIDENTAUX?

Voici ce que je viens de lire quelque part :

<<Sadio Mané regrette le comportement des Africains : “Si nous sommes traités comme de la merde au monde c’est parce qu’on ne se soutiennent pas entre nous. Nous allons jouer la finale contre le Real, vous allez voir des Africains qui soutiendront le Real à 100% alors que le Real n’a aucun Africain noir qui jouera cette finale. Plus grave, je ne sais pas si certains Madrilènes peuvent venir supporter un club africain. Moi et Salah nous voulons le soutien de tous les Africains car c’est l’Afrique qui est à l’honneur.” >>

Même si ce discours pourrait relever d’un fakenew, il n’en demeure pas moins qu’il ressemble bien à Sadio Mané et à ses pairs Africains évoluant en Occident.

Alors je ne peux taire mon indignation. Quelle illusion, cher frère Sadio ! La même illusion (il n’y a de paradis que loin des terres africaines) qui a motivé ta migration en Europe est la même qui te fait penser que tu fais un quelconque honneur à ton peuple en jouant dans un club occidental, signe sans doute de ta réussite.

Oui, des milliers d’Africains soutiendront le Réal contre ton club (Liverpool). D’autres se rangeront aussi de ton côté. Qu’est-ce que cela signifie, cher frère-jouant-dans-un-club-européen? Eh bien ! Le soutien des Africains aux clubs occidentaux ne date pas de ta naissance encore moins de ta migration en Europe. Ce soutien laisse entrevoir en effet deux catégories d’Africains :

1- Ceux qui le font par pure distraction, juste pour vivre leur passion. Ils sont pour la plupart des gens d’un certain âge pratiquants du football, parfois caractérisés par leurs illusions perdues de migration en Europe pour monnayer leur talent de footballeur.

2- Ceux qui nourrissent encore le rêve de connaître le même succès que toi en Europe. Ils sont pour la plupart des adolescents et jeunes dont l’esprit est corrompu par le bling-bling dont toi et tes pairs les assommez nuit et jour à travers Internet et les bouquets Canal+ qui se payent pourtant à prix d’or même dans les bourgs les plus invisibles sur la carte géographique d’un pays.

L’Afrique est à l’honneur, dis-tu? Parce que Mohamed Salah (l’Egyptien) et toi jouez à Liverpool ? Quelle illusion ! Sais-tu le nombre d’avenirs que ton succès hypothèque en Afrique ? Sais-tu le nombre de vies que ton succès brise en Afrique ? Sais-tu combien tu participes à la régression de l’Afrique ? Penses-tu qu’il suffit de se targuer du fait que toi, une peau noire, tu manges à la même table que les Blancs pour augmenter le pouvoir d’achat de tes frères dans cette Afrique à construire ? Sais-tu le danger que représentent tes transferts “Money Gram” pour tes frères vivant au pays? Bien évidemment, non. Si seulement tu pouvais révéler le nombre d’appels à l’aide que tu reçois de la part de tes frères chaque jour… Sache que chaque transfert “Money Gram” que tu fais à tes parents augmente de mille crans le désir d’un Africain d’aller en aventure (souvent en mésaventure) en Europe. La migration apparaissant comme un passage obligé pour sortir de la misère. Et bonjour les drames de la Méditerranée. Paix à l’âme de tous ceux que tu as déjà projetés, à ton insu, dans le gouffre et qui n’ont eu de sépulture que “le ventre de l’Atlantique”, le ventre des requins.

C’est pour te dire que tu pousses le bouchon trop loin en exigeant que les Africains t’apportent leur soutien pour gagner une coupe aux côtés de tes exploiteurs, dans ton rôle du brave Nègre-pouvant-jouer-sans-se-fatiguer.

 

Veux-tu aider tes frères Africains ou te complaire à les voir crier ton nom, Sadio Mané ?

Si tu veux aider tes frères restés au pays, dis-leur les clauses de ton contrat esclavagisant. Oui, dis-leur que la vie que tu mènes en Europe n’est pas un long fleuve tranquille. Dis-leur que ta condition est bien celle que décrit Jean-Marie Sindayigaya dans son “Mondialisation : le nouvel esclavage de l’Afrique” (Paris, l’Harmattan, 2000). “Le sport de très haut niveau, écrit cet auteur en effet, n’est plus que business. Le football est devenu un clone de l’agriculture et de l’élevage. Les grands clubs mondiaux possèdent des pépinières de joueurs : un vocable venu de l’agronomie. Un joueur performant est une marchandise qui se vend littéralement ou se prête. Le vocable à la mode est le Mercato ou marché. C’est une foire des joueurs de football vendus comme les bestiaux des foires agricoles.”

Dis-leur, comme le révèle le même Sindayigaya, qu’on vous (les joueurs) fait consommer du salbutamol (un bêtastimulant qui dilate les bronches et permet de soulager les asthmatiques) “à très grandes doses pour littéralement transformer la gorge en une soufflerie à grand débit permettant d’augmenter l’oxygénation et finalement le rendement”.

Dis enfin à ces milliers de jeunes Africains qui rêvent de marcher dans tes pas que le risque qu’ils courent est ce qu’annonce justement Sindayigaya en ces termes : “Bientôt, les OGM humains risquent d’apparaître sans tambours ni trompettes par le biais du sport. On étudie aujourd’hui le muscle de la même manière qu’un cylindre de moteur à explosion dont on doit réduire les pertes et augmenter le rendement. […] Les bronches ne sont plus que des soupapes qui doivent s’actionner toutes grandes à coups de produits réservés à la stimulation des malades. Le cœur est une pompe dont le rythme doit être synchronisé avec l’effort. Dans les sports de précision on prend des produits bêta-bloquants pour réduire le rythme cardiaque. Le sang n’est plus qu’un combustible au même titre que le charbon et le kérosène.”

Bref, dis-leur que le football ne peut être une profession pour les Africains à l’étape actuelle du processus de développement de l’Afrique.

Auteur: Colbert Tatchégnon DOSSA

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