La Barbe bleue chez Perrault et Ben Jelloun

Introduction

Charles Perrault, né en 1628 et mort en 1703, est un auteur important du XVIIe siècle, siècle du classicisme. Dans l’édition Pocket Classiques de 2006 présentée par Annie COLLOGNAT-BARÈS et alii, il est donné de lui ce qui suit : « Auteur de textes religieux, chef de file des Modernes dans la Querelle des Anciens et des Modernes, Carles Perrault fut l’un des plus grands auteurs du XVIIe siècle. L’essentiel de son travail consistera en la collecte et la transcription de contes issus de la tradition orale française. Il est l’un des formalisateurs du genre littéraire écrit du conte merveilleux. » C’est justement au cours de cette collecte des contes que Perrault fait connaître le conte La Barle Bleue, un conte dans lequel, il est aisé de percevoir l’univers médiéval qui l’a créé et que les générations suivantes modèlent à leurs manières : c’est l’exemple des frères Grimm qui presqu’un siècle plus tard reprendront certains contes de Perrault, dont La Barbe Bleue, pour les adapter aux réalités allemandes. Même si La Barbe Bleue sera retirée[1] dans les éditions suivantes du corpus des Grimm, ce conte à bien figuré dans la toute première édition. Suivant cette même tradition, Tahar Ben Jelloun va aussi adapter La Barbe Bleue au contexte arabe.

Tahar Ben Jelloun est né à Fès au Maroc[2] en 1944. S’il découvre Les Milles et une Nuits grâce à sa tante Fadela, c’est son institutrice qui lui fera découvrir les contes de Perrault, dont La Barbe Bleue. Dans l’avant-propos intitulé Hommage à Charles Perrault, de son ouvrage Mes contes Perrault, Ben Jelloun confie que sa tante l’a inspiré dans son envie de s’approprier les contes de Perrault pour les raconter à la façon, en allant au-delà des non-dits[3] de Perrault et en les plaçant dans un monde arabe[4] agité du XXIe siècle. Ben Jelloun ne s’en cache pas : les contes qu’il raconte ne sont pas les siens. Il ne fait qu’orientaliser les contes de Charles Perrault, d’où le titre évocateur de Mes contes de Perrault.

Ce travail se donne pour objectif de faire une analyse intertextuelle comparative des deux versions de La Barbe Bleue dans la version « originale » de Perrault lui-même et la version « orientalisée » de Ben Jelloun. Il se penchera en premier lieu sur la structure des deux versions en s’inspirant des travaux du formaliste russe Vladimir Propp et du Professeur Louis Herbert. Par lecture intertextuelle, il faut entendre l’interaction entre les texte de Perrault et de Ben Jelloun, et de Ben Jelloun avec les autres classiques littéraires. Ensuite il sera procédé à l’analyse de quelques symboles contenus dans chacune des deux versions et en faire une interprétation. Enfin la question sera posée de savoir l’image des femmes au Moyen-Âge en Europe (dans la version de Perrault) et dans le monde arabe contemporain (dans la version de Ben Jelloun).

  1. La structure du conte la Barbe bleue chez Perrault et chez Ben Jelloun

Cette partie se consacre à isoler quelques fonctions telles qu’elles définies par Propp pour en déduire le sens sur le déroulement de l’intrigue. L’établissement de schémas actanciels devra aussi servir le même objectif. Le conte La Barbe Bleue soulève un problème : qui dans ce récit devra être considéré comme héros ? La Barbe Bleue ou son épouse qui dans la version de Perrault n’a pas de nom et que Ben Jelloun a nommée Khadija ? Comment considérer l’épouse de Barbe Bleue chez Perrault comme Héroïne alors que bien que ces actions jouent un rôle primordial dans le déroulement de l’intrigue, l’auteur ne lui donne aucun nom. Qui donc de Khadija et de Barbe Bleue est le Héros et qui est le Faux-héros[5]. Denise Paulme[6] parle d’anti-héros. Selon que l’on mette Barbe Bleue ou son épouse au centre de l’action, l’on pourrait parvenir à cerner le double sens de l’interprétation que l’on pourrait faire. Selon qu’on fasse de Barbe Bleue ou son épouse le Héros, la quête sera le Pouvoir ou le Savoir. Ces deux éléments qui sont les deux faces d’un même phénomène nous permettront de mieux comprendre la fonction de chaque personnage. Le savoir étant le moyen pour accéder au pouvoir. Le non-savoir étant synonyme d’absence de Pouvoir. Alors celui qui à le savoir (la connaissance) c’est celui-là qui a le pouvoir. C’est suivant ce schéma que sera analysée la structure des deux versions de la Barbe Bleue.

  • Schéma actantiel de La Barbe Bleue chez Perrault et Ben Jelloun

En partant du postulat que la structure permettrait de me mieux comprendre les actions des protagonistes et de faire une meilleure analyse de la fonction des personnages, ce chapitre se penche sur le schéma actantiel et la structure fonctionnelle de la Barbe Bleue. Le premier schéma sert à interpréter le sens du conte dans sa généralité et le second servira à la comparaison avec le la version de Ben Jelloun.

D’abord le schéma actantiel. Il sera double : autour de Barbe Bleue dans son rôle de Sujet et autour de la femme de Barbe Bleue qui sera également Sujet.

Dans le postulat selon lequel Barbe Bleue est le héros, donc le sujet, l’objet ou la quête de son action sera le secret/Savoir ou pouvoir ou encore avoir une épouse docile (ces thèmes s’inter changent ou se complètent selon l’analyse qui en sera faite ici). Il sera aidé par sa volonté indéfectible (adjuvant) à garder secret sa vie de meurtrier, et tant que le secret est gardé, Barbe Bleue aura le pouvoir. Sa quête rencontre une opposition à trois facette : la laideur et le caractère ténébreux du héros, l’épouse curieuse et la famille de l’épouse (Anne, les deux frères). Le pouvoir, le Héros (Barbe Bleue) l’aurait voulu pour lui-même. Barbe Bleue s’est aussi soit même confié la mission (Objet) qu’il poursuit. Le héros est destinateur et destinataire. Pour schématiser suivant l’exemple de Evguéni Mélétinski[7] dans « L’étude structurale et typologique du conte », il faut donc poser comme suit :

Figure 1 : Schéma actantiel de Barbe Bleue (version Perrault) avec Barbe Bleue comme Sujet.

Dans la perspective de Barbe Bleue Sujet (anti-héros ou faux héros dans le contexte actuel), il ressort que l’épouse à la fois l’objet de la quête et dans le même temps l’obstacle auquel Barbe Bleue doit faire face. Cette situation en apparence paradoxal, ne l’est qu’en apparence. Barbe Bleue part d’un manque (il n’a pas d’épouse, car trop laid et trop mystérieux). Mais au-delà de ce premier manque apparent, c’est le pouvoir et le prestige qu’il lui faut. Car comment comprendre qu’un homme aussi fortuné que lui n’ai d’épouse ? Avoir une épouse signifie être totalement homme (mâle), donc avoir un certain pouvoir. Il faut se rappeler que le conte La Barbe Bleue est issu d’un continuum[8] judéo-chrétien où le mariage est une institution. De ce fait, l’absence d’épouse représenterait un sérieux handicap pour l’épanouissement de tout homme imprégné des us et coutumes de culture. Surtout que Barbe Bleue a, selon que Perrault lui-même, tout fait pour s’attribuer les qualité d’un « fort honnête homme[9] ». Dans les notes on peut lire sur la précédente expression : « Galant, courtois : « l’homme de bien » selon l’idéal du XVIIe siècle ». Ceci renseigne sur l’image que Barbe Bleue veut extérioriser. Une telle image confère prestige et respect auprès des concitoyens. Donc un certain pouvoir. En épousant une fille de naissance noble[10] Barbe Bleue ne comble pas que le manque, il gagne par le même aussi en prestige. En même temps, il se crée un autre obstacle. La présence d’une épouse impose une vigilance accrue autour de son secret. Ici secret gardé égal pouvoir renforcé ou secret su équivaut à perte de pouvoir. La seconde hypothèse prend le dessus avec une action axée autour de la femme de Barbe Bleue. La solution devient le problème, risque d’échec à garder le secret.

S’il a été possible de construire l’analyse du conte Barbe Bleue autour du Personnage de Barbe Bleue entant que Héros (faux héros pour être plus précis), il est également possible de le construire autour de l’épouse de Barbe Bleue (vraie Héroïne). Cette démarche loin d’être fausse suit le principe de double signification des fonctions du personnage[11] énoncée par Propp. Elle permet de changer de perspective. Alors suivant cette démarche, le schéma actantiel se présenterait comme le montre le schéma à la page cinq (05) suivante. On peut lire dans le schéma, quelque chose qui semble être une ambiguïté. En effet, Barbe Bleue apparait comme Destinateur et opposant à la fois. En réalité, on pourrait établir un lien analogique avec les Ecritures sacrées de la Bible. Car selon la Bible, Dieu montra à Adam et Eve le fruitier au milieu du jardin qu’ils n’ont le droit de toucher. Comme Barbe Bleue permis à sa femme de profiter de toutes les richesses et délices du Château, mais elle devrait se garder d’ouvrir la petite pièce sombre sous peine de malheur, Dieu interdira Adam et Eve de manger le fruit de l’arbre du milieu du jardin, sous peine malheur[12]. Dans le cas de Dieu ou dans celui de Barbe Bleue, l’obéissance à l’interdiction est un signe de pouvoir, d’autorité sur Adam et Eve ou sur son épouse pour Barbe Bleue.

Figure 2 : Schéma actantiel de Barbe Bleue (version Perrault) avec l’épouse de Barbe Bleue comme Sujet

La transgression de l’interdiction donne également le moyen à Dieu d’affirmer son pouvoir, et à Barbe Bleue d’éliminer un témoin gênant qui pourrait conduire à sa chute. Chez Perrault, le Serpent biblique est la curiosité légendaire de la femme. Ben Jelloun nomme le Serpent : ce sont les autres femmes, les amies de Khadija qui la poussent à transgresser avec une formule efficace : « S’il voulait vraiment que tu ne découvres pas ce qui se trouve dans cette pièce, il aurait gardé la clé avec lui. Or, il te l’a laissée en te priant de ne jamais t’y rendre : c’est un peu comme s’il t’avait dit : “Vas-y, ouvre cette porte, tu verras ce qu’il y a à voir…” »[13] qui renforce ce qui est plus haut, à savoir que dans une certaine Barbe Bleue est le commanditaire indirect de l’action de son épouse. Que ce soit donc la version de Ben Jelloun ou celle de Perrault, l’analogie avec l’histoire biblique est évidente. Barbe Bleue tout comme Dieu semble avoir besoin de quelqu’un pour affirmer son autorité, son pouvoir. Dans la Bible ce sont les hommes symbolisés par Adam et Eve et dans le conte de La Barbe Bleue, ce sont les épouses. L’apparente ambiguïté Barbe Bleue (Destinateur) et (Barbe Bleue (Opposant) peut s’expliquer de cette façon.

Au-delà de l’interdiction, c’est une volonté de cacher ou de rendre secret qu’il faut observer. L’ignorance du secret ou l’absence de savoir donne le pouvoir à ceux ou celui qui détiennent le savoir et le secret. Pour prendre le pouvoir Adam et Eve, tout comme l’épouse de Barbe Bleue doivent connaître ce qui est caché ou acquérir le savoir, d’où savoir devient l’objet de quête et l’intelligence, la curiosité et la famille étant les soutiens et les moyens pour atteindre cet objectif. Si Dieu a pris le dessus et conduit à la chute d’Adam et Eve du Paradis à la réalité terrestre, Barbe Bleue échoue en voulant jouer Dieu, certainement parce que le conte issu du monde croyant judéo-chrétien serait un blasphème et surtout contre la morale chrétienne si un humain aussi pervers que Barbe Bleue réussissait à renforcer son pouvoir.

  • Les fonctions des personnages comparées selon le modèle de Propp

Cette partie consiste à la comparaison des fonctions des personnages selon le modèle de Propp entre les versions de Perrault et de Ben Jelloun. Ce qui peut remarquer pour commencer, la différence entre la longue des deux fonctions. Pendant que, selon la lecture qui est faite ici, la version de Perrault regrouperait en trente-et-une (31) fonctions[14], celle de Ben Jelloun en compte cinquante-six (56) soit une différence de vingt-cinq (25) fonctions.

 

Tableau 1 : Les fonctions des personnages de La Barbe Bleue chez Perrault

 

Tableau 1 : Les fonctions des personnages de « Barbe Bleue » chez Ben Jelloun

Le choix des fonctions et leur nombre beaucoup plus élevé chez Ben Jelloun peut s’expliquer par la volonté affichée de cet auteur de relire le conte de Perrault en disant les non-disant de celui -ci. Perrault commence son conte La Barbe Bleue, en donnant les caractéristique (I1) d’un protagoniste, en l’occurrence Barbe Bleue. Il a une barbe bleue, qui représente en même temps un manque, car elle le rend laid. Cette laideur est un manque, sur lequel Barbe Bleue n’aucune influence. Mais chez Ben Jelloun, cette barbe bleue est voulue par un oisif et pervers personnage. Elle n’a donc rien d’une fatalité. I1 intervient alors plus loin dans le récit de Ben Jelloun.

La perversité désignée par I3 est l’auteur insiste ce trait du personnage sur lequel Ben Jelloun insiste. C’est le trait que Ben Jelloun met en avant dès les premières lignes du conte. On lit : « Pour passer le temps, et en attendant les femmes, son maître se faisait livrer des brebis qu’il torturait avant de les découper en morceaux qu’il faisait jeter dans la fosse aux lions par ses domestiques. Parfois on lui amenait un agneau qu’il cajolait comme s’il eût été son fils, avant de lui tordre le cou et de le laisser mourir dans un coin. Quand les serviteurs revenaient, il leur disait de le cuisiner et de distribuer sa viande aux pauvres[15].» Ce passage se passe de tout commentaire. Il en ressort une image très négative de Barbe Bleue. On remarque également deux départs et deux retours. Les premiers départ et retour↓ sont ceux de Barbe Bleue qu’on retrouve également chez C. Perrault. Mais les deuxièmes départ↓ et retour↓ relèvent quant à eux de l’innovation de Ben Jelloun. Au-delà de l’action des personnages, c’est à un aspect de la culture arabe maghrébine que Tahar Ben Jelloun fait un clin d’œil. En effet, dans cette culture, les règlements des conflits de couple sont pris en compte par les familles. Les femmes ne sont pas autorisées à prendre toutes seules de décisions relatives à leur vie de couple.

Ben Jelloun fait aussi du récit dans le récit. En donnant la parole à Bahija 2 A6 ɛ3), Ben Jelloun, nous le verrons dans la dernière partie de ce travail, fait la critique de la société qui l’a vu naître. Bahija est détentrice des secrets de famille de Barbe Bleue. Son récit et son aide sont un atout pour Khadija dans sa quête. L’intervention de Bahija est aussi à mettre en relation avec celle de Fadela, car elles permettent à l’auteur de se rapprocher du schéma des Milles et une nuits : des histoires qui ont bercées son enfance grâce à Fadela, « qui prétendait être la demi-sœur de ma grand-mère paternelle » selon les mots mêmes de Ben Jelloun. Tout comme Schéhérazade dans les Milles et une nuits, Fadela dans la maison des Jelloun et Bahija chez Barbe Bleue, la parole et la connaissance d’histoires représentent leur point commun. Un point [16]commun qui sauve les vies ou qui ouvrent les portes de l’imaginaire d’un certain Tahar Ben Jelloun.

  1. Les symboles et leur possible interprétation chez Perrault et Ben Jelloun

Le symbole est « Figure ou image qui sert à désigner une chose le plus souvent abstraite.» A ce sens du symbole, cette partie prend en compte, la définition selon laquelle, «Le symbole, à moins qu’il ne devienne allégorie, n’est pas immédiatement lisible, et appelle comparaison et interprétation. Il se fixe ainsi une double qualité de l’objet littéraire : d’une part, recueil de figures, d’autre part, système herméneutique, divisé en plans d’interprétation. L’œuvre devient une exacte récollection du sens, possible à raison de l’ambivalence. » Ce sont là les deux sens desquels ne va s’éloigner ce travail.

2.1 Les symboles Charles Perrault

La lecture et l’interprétation des symboles chez Perrault se fera en tenant compte du fait que le continuum dont il est issu. Ainsi, influencé par sa culture et son temps, Perrault utilise beaucoup de symboles judéo-chrétiens et parfois païens dans son conte. Le choix de chaque symbole influe sur le sens du conte.

D’abord la barbe. Selon le dictionnaire de l’Académie française, la barbe est une « Pilosité faciale répartie sur les joues et le menton de l’homme, susceptible d’être rasée ou taillée [17]» dans un premier temps. Puis le dictionnaire poursuit et considère la barbe « Comme symbole de virilité, de force, de courage, de sagesse[18] ». Elle est associée aux même symbole dans un autre dictionnaire[19] et dans deux dictionnaires[20] des symboles. En s’arrêtant à ce premier niveau, le rapprochement peut être fait avec le personnage de Barbe Bleue, pour dire qu’il est donc un homme mûr, virile, fort, sage, courageux et sage, des qualités du l’honnête homme il laisse paraitre de lui par le porte d’une barbe, la barde est attribuée à des Saints, des grands savants et aux dieux dans certains mythes (grecs notamment). On pourrait même l’appuyer par un autre symbolisme de la barbe. Car la barbe est aussi signe de sainteté[21] en Europe et dans certaines cultures à travers le monde. Cette caractéristique est à mettre en la relation avec l’axe Sujet-Objet du schéma actantiel du conte de Perrault qui montre que le personnage Barbe Bleue aspire au pouvoir presque divin. On pourrait donc tirer une première conclusion : Le signe extérieur de la barbe cache le vrai visage de Barbe bleue en laissant voir de loin un personnage doté des attributs positifs dont la barbe est le symbole.

Ensuite, intéressons-nous à la couleur de la barbe : la couleur bleue. « Le bleu est la plus profonde des couleurs […]. Le bleu est la plus immatérielle des couleurs : la nature ne le présente généralement que fait de transparence, c’est-à-dire de vide accumulé, vide de l’air, vide de l’eau, vide du cristal ou du diamant. Le vide est exact, pur et froid. Le bleu est le plus froide des couleurs, et dans sa valeur absolue la plus pure, hors le vide total du blanc neutre  [22]». On peut remarquer avec la description faite de la couleur Bleue que celle-ci n’est loin d’être une couleur agressive, suspecte ou pouvant relevée du malheur. Elle est tout le contraire. Elle est discrète[23], transparente, passive. Voici une liste de symboles auxquels on peut rattacher le bleu : « 1° Air — 2° Chérubins — 3° Eau — 4° Espérance — 5° Eucharistie — 6° Trinité — 7° Vertus — 8° Vierges. C’est aussi la couleur céleste. — Voir ciel[24]. » De cette liste, notre attention se porte sur deux éléments : vierges et chérubin. Ces termes ont en communs d’être le fait de caractériser une catégorie de personne. Le mot « chérubin » renvoie aussi bien à une catégorie d’anges dans la tradition catholique qu’à une réalité profane. Il désigne un jeune garçon joli, mince et impubère, pour ne pas dire vierge. Or tout comme chérubin, vierge est une réalité religieuse et profane à la fois, dont il n’est point nécessaire de donner la définition profane ici. Or la couleur bleue symbolise ces deux éléments. D’où la deuxième conclusion partielle : la couleur bleue de la Barbe de Barbe Bleue est une indication de la juvénilité, de l’impuberté d’une personne pourtant sensé être virile, mûr, forte, comme l’indique la barbe portée.  Barbe Bleue serait donc un homme pas viril. Ce que Ben Jelloun dit plus clairement[25]. Cette conclusion peut alors être illustrer par ce passage : « Ainsi une tradition des bagnes de France voulait l’inverti efféminé fasse tatouer sa virilité[26] d’une uniforme calotte bleue pour exprimer qu’il renonçait[27] ». La pensée devient claire à ce niveau. La barbe bleue de Barbe Bleue est une habile formule pour décrire le réel manque du personnage. Ce manque il cache, car comme il a été démontré au chapitre 1.1, tant que le secret reste inconnu de personne d’autre, Barbe Bleue jouira de la stature d’homme respectable. Une respectabilité à la fois garantie et menacée par la présence d’une femme, selon qu’elle soit totalement soumise ou trop curieuse.

Il est aussi possible d’interpréter la « barbe » ou sa couleur « bleu » sur le plan linguistique. Cette démarche permettra d’appréhender un autre niveau de lecture en se basant sur les mots « barbe », « bleu » et barbe bleue ». Leur utilisation est courante dans le parler français. Commençons par « barbe » : barbe à barde (face à face), en barbe (en face, devant soi, contre soi), montrer la barbe (résister ouvertement, fièrement), faire ou dire quelque chose à la barbe de quelqu’un ( faire ou dire quelque en sa présence, et comme en dépit de lui[28]). Retenons les deux dernières expressions et leurs sens respectifs. On peut relier ce sens à l’Action de l’épouse de Barbe Bleue qu’elle soit celle sans nom de Perrault ou Khadija de Ben Jelloun. A travers leur action, on peut en déduire la volonté de résiste, d’agir malgré l’opposition de Barbe Bleue.

La seconde lecture linguistique concerne la couleur bleue. Plus haut, il a été évoqué que la couleur bleue symbolise le vide et la transparence, dans le sens vide du terme. En prenant en compte ce symbolisme, l’on peut citer les expressions : n’y voir que du bleu (se laisser tromper), passer au bleu une chose (faire semblant de ne plus s’en occuper), être dans le bleu ou nager dans le bleu (se dit de quelque qui vit dans le rêve), voir tout en bleu (être optimiste)[29]. Comme commentaire à la dernière expression, il faut dire que l’optimiste est celui qui refuse de voir les problèmes ; contrairement au pessimiste qui en partout.

En rapprochant le sens des expressions liées à la barbe à celui de celles liées à la couleur bleue au contexte du conte La Barbe Bleue, on en arrive à la conclusion suivante : Barbe Bleu qui croyait avoir le contrôle sur sa femme n’a en fait pas pu voir tout ce qu’elle a entrepris pour découvrir son secret. Ceci pourrait être une deuxième explication de titre et de couleur bleue de la barbe.

2.2 Les symboles chez Tahar Ben Jelloun

Dans cette partie du travail, l’interprétation va porter sur les prénoms des personnages et autre symbole de l’islam (l’aumône, la prière et pèlerinage à Mecque).

Commençons par les prénoms. Ben Jelloun utilise à dessein des prénoms tels Khadija, Bahija, Fadel et Amina, Moulay, ou encore Amar. Le sens symbolique de ces noms permettra de mieux comprendre la satire que Ben Jelloun fait du monde arabo-musulman en proie à des turbulences prétendument religieuses. D’abord Khadija ou Khadījah[30] est la première épouse du prophète Mohamed (Prophète de l’islam) et une femme très influente dans l’islam. Larousse dit d’elle qu’était une femme « Riche veuve quraychite, elle épousa Mahomet. Mère de Fatima, elle fut la protectrice de la mission du Prophète à La Mecque. Elle est considérée par les musulmans comme l’une des « quatre mères des croyants ». Il faut interpréter la présence de ce nom dans ce conte comme un rappel de Ben Jelloun à un retour aux fondamentaux de l’islam. Face à la perversité ou au mal incarnés par Barbe Bleue (et la secte dont il se réclame), Ben Jelloun oppose la vertu ou le bien incarné par Khadija, « mère des croyants ». En plus de Khadija, la Ben Jelloun utilise Bahija. Cette dame avec qui le sort n’a pas doux et dont les histoires trahissent sa joie de vivre et son allégresse porte un nom traduisant ce trait de son caractère. Bahija signifierait « pleine d’allégresse ».  Fadela ou Fadila signifierait « digne, vertueuse » est celle dont les histoires ont permis l’éveille de l’esprit critique et créatif chez Ben Jelloun lui-même. Amina aurait le sens de « celle qui est loyale, digne de confiance ». Cette signification dans le contexte du texte de Ben Jelloun s’explique, Amina, comme Anna chez Perrault, est la personne grâce à laquelle Khadija échappe à la mort. Moulay, mullah, Mawlā, ou Mawlāy (“protector”[31]) est titre de noblesse arabe présent notamment au Maroc. Ce personnage, noble et bon[32] est le père du montre Barbe Bleue qui de la noblesse de sa famille n’en garde que la richesse matérielle, en trainant dans la boue les valeurs que la noblesse lui confère. Amar, le constructeur est d’ailleurs son instrument de terreur.

Les valeurs que sont l’aumône, la prière et pèlerinage à Mecque jouent un rôle important pour comprendre le conte de Barbe Bleue. La prière, cinq fois par jour est un pilier de l’islam. Tout le monde dans une mosquée est l’égal de l’autre. La richesse ne devait donc pas y jouer un rôle. Et pourtant Barbe Bleue acquiert de l’imam de sa mosquée des privilèges[33]. Barbe Bleue fait l’aumône. Mais les conditions dans lesquelles il la fait sont choquants et ne relèvent pas de l’attitude d’un bon musulman comme le témoigne ce long passage « Pour passer le temps, et en attendant les femmes, son maître se faisait livrer des brebis qu’il torturait avant de les découper en morceaux qu’il faisait jeter dans la fosse aux lions par ses domestiques. Parfois on lui amenait un agneau qu’il cajolait comme s’il eût été son fils, avant de lui tordre le cou et de le laisser mourir dans un coin. Quand les serviteurs revenaient, il leur disait de le cuisiner et de distribuer sa viande aux pauvres. Les cuisiniers attendaient le vendredi, préparaient un grand couscous où il y avait plus de viande que de légumes, et le distribuaient à la sortie des mosquées. On disait aux gens : «  C’est de la part du seigneur.  » Tout le monde le bénissait et mangeait de bon appétit ». Il donne à manger une viande interdite de consommation car les conditions dans lesquelles il tue les brebis ressemblent plutôt à des sacrifices païens que musulmans. Si ceux qui mangent savaient ce qu’ils mangeaient, non seulement ils ne le feraient plus, mais à la place des bénédiction, Barbe Bleue aurait à supporter leur colère et leur malédiction.

Pour finir, Barbe Bleue prend le prétexte du pèlerinage, acte sacré pour les musulmans, pour tester la loyauté et la soumission de sa femme. C’est une forme de blasphème que ressortir cet acte de Barbe Bleue. En mettant ensemble toutes les transgressions des valeurs de l’islam dont Barbe Bleue se rend coupable, il en ressort un tableau où l’auteur dépeint une société transformée où l’on se joue des apparences. En clair, l’auteur nous décrit une société malade, mais qui a en son sein le remède : les femmes.

  1. Satire des sociétés occidentales chrétiennes et arabes musulmanes

Si l’intention de satire de la société européenne de son époque n’est pas établie chez le Charles Perrault, l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun le dit clairement. Il annonce dans l’avant-propos : « Bref, je me suis glissé dans son cerveau et j’ai pris la liberté d’orientaliser ces contes, c’est-à-dire d’y mêler des épices et des couleurs issues d’autres pays, d’autres imaginaires. Et si j’ai choisi de les situer dans des pays arabes et musulmans, c’est aussi parce qu’il est temps de dire ces pays autrement que sous le signe du drame et de la tragédie, autrement que dans un contexte de fanatisme, de terrorisme et d’amalgame. Ce qui n’exclut pas, bien entendu, la critique de la société et la mise à l’index de ses incohérences et de ses hypocrisies. » On le constate clairement, Ben Jelloun ne cache pas sa démarche illustration faite à travers son plaidoyer auprès du lecteur. Ben Jelloun raconte donc sa société arabo-musulmane à travers un conte issu du monde judéo-chrétien. C’est pour cette raison que l’analyse qui va suivre se concentre uniquement sur le contenu des deux versions du conte La Barbe Bleue. Il s’agira se déceler les parties du texte qui ferait la satire de chacune des sociétés.

3.1 L’Europe du Moyen-Âge en Europe chez Perrault

Notre postulat est que le conte La Barbe Bleue, au-delà des deux morales qui en sont tirées à la fin, fait la satire du système féodal en Europe en général et français en particulier. Avant d’apporter les arguments contenus dans le texte, il faudrait définir ce qu’il faut entendre par système féodal. Selon Larousse « Régime politique et social d’Europe occidentale du Xe au XIIIe siècle et qui reposait sur la constitution du fief. Le terme « féodalité » n’est pas médiéval. L’usage l’a imposé aux historiens à partir du XVIIe siècle pour désigner un ensemble d’institutions fondé sur des liens privés de dépendance entre un seigneur et un vassal (la vassalité) et sur un lien matériel (le fief), et qui caractérise la société de l’Occident médiéval du Xe au XIIIe siècle : hiérarchie de dépendants, hiérarchie des terres, hiérarchie et émiettement des pouvoirs. » La démarche consiste ici à une critique de la structure féodale qui concentre les richesses entre les mains de personnes privées, d’individus du genre de Barbe Bleue. Barbe Bleue, prototype de seigneur disposant de châteaux et de sujets sous ses responsabilités, est un personnage ténébreux, sans cœur, assassin, psychopathe. Rien dans la biographie ne signale si Barbe Bleue est né noble ou s’il l’a acheté, ou s’il a l’intention le faire[34]. L’introduction du conte renseigne beaucoup sur l’aspect matériel des richesses («de belles maisons à la ville et à la campagne, de la vaisselle d’or et d’argent, des meubles en broderie, et des carrosses tout dorés ») comme si ce détail a une importance capitale. C’est un aspect du système féodal où la richesse matérielle joue un grand rôle. Plus loin, on décèle une critique de la vie de château : « Barbe Bleue, pour faire connaissance, les mena avec leur mère […] Ce n’était que promenade, que parties de chasse et de pêche, que danses et festins, que collations : on ne dormait point, et on passait toute la nuit à se faire des malices les uns aux autres[35]… ». Ce passage décrit les travers de la vie de château. Barbe Bleue use de sa richesse pour corrompre la femme qu’il veut épouser. Son stratagème a pour but de ressembler à « un fort honnête homme[36]. » Par ce jeu de l’écriture métaphorique, l’auteur met en valeur l’idéal de XVIIe siècle, donc en défaveur des idéaux qui ont existé avant ce siècle, la féodalité et la vie de château plus précisément.

Pour finir, le dernier indice de la critique de la féodalité se trouve à la fin du conte. on peut y lire : « Il se trouve que Barbe Bleue n’avait point d’héritiers, et qu’ainsi sa femme demeura maîtresse de tous ses biens. Elle en employa une partie à marier sa sœur Anne avec un jeune gentilhomme, dont elle était aimée depuis longtemps ; une autre partie à acheter des charges de capitaine à ses deux frères ; et le reste à se marier elle-même à un fort honnête homme, qui lui fit oublier le mauvais temps qu’elle avait passé avec la Barbe Bleue. » Penchons-nous sur les « charges de capitaine à ses deux frères ». Le passage révèle l’achat de titres sociaux montre une pratique féodale qui pourrait être assimilée à de la corruption, à la soif du pouvoir. Cette fin pourrait être considérée comme une critique au système politique antérieur au siècle de Charles Perrault, au cours duquel la vie politique et sociale est dominée par les hommes au détriment des femmes soumises à leurs lois.

3.2 Le monde arabe actuel chez Ben Jelloun

Dans Barbe Bleue de Ben Jelloun, ce dernier appelle à un retour à l’islam à ses sources[37]. Si Perrault a fait la critique du continuum européen judéo-chrétien, Ben Jelloun s’inscrit dans l’actualité. Barbe Bleue (nous ne l’avons pas à dessein) dit dans le chapitre 2.2 consacré aux symboles) est le symbole du terroriste, de l’extrémiste radical, du paria de la société arabo-musulmane en perte de repères[38]. L’avant-propos du livre Mes contes Perrault se consacre justement à prévenir de cette intention, malgré tout le soin pris par l’auteur pour avertir de la neutralité[39] de sa démarche. Ben Jelloun traite de plusieurs sujets polémiques, dont trois seront pris en compte : le terrorisme (donc l’islam), la place faite aux femmes et l’esclavage noirs africains (dont la présence dans les pays arabes est symbolisée par Bahija).

D’abord le terrorisme et l’islam. Ben Jelloun pense que c’est une instrumentalisation de l’islam qui est faite par les terroristes pas pour des buts religieux, mais pour des objectifs politiques ou obscurs. L’illustration de cette thèse est Barbe Bleue et la secte dont les adeptes avaient des barbes bleues. « On parlait de cette secte sans la connaître. Les gens aimaient inventer des histoires extraordinaires à propos de ces hommes nés tous avec un sixième doigt et un orteil en moins. Ces signes particuliers étaient ce qui les rassemblait et faisait d’eux des gens à part. On disait d’eux qu’ils étaient des alliés de Satan, des êtres venus d’une autre planète, et que certains étaient tombés du ciel un jour de forte tempête. D’autres étaient persuadés que ces hommes n’existaient pas, que les autorités avaient tout inventé pour semer la peur.[40] » A travers ce passage Ben Jelloun montre que le terrorisme ou le radicalisme musulmans ne sont pas le fait de tous les musulmans. Mieux les musulmans en souffrent autant que les non-musulmans, ne comprennent pas le phénomène qu’ils rejettent, car ils refusent même de croire que des individus, au nom de l’islam, agissent comme agit la secte. Plutôt que d’accuser une religion, le conte met l’accent sur la soif de pouvoir, la haine absurde des femmes nourrie par une idéologie absurde.

Ensuite, c’est à cette secte et à ceux qui comme Barbe Bleue partage leur idéologie réactionnaire que Ben Jelloun attribue la responsabilité de la situation des femmes. Ce sont eux qui empêchent toute évolution de la pensée qui tende vers l’épanouissement des femmes. Il écrit : « Leur philosophie était simple : les femmes sont à l’origine du malheur du monde, il faut les combattre et si possible les éliminer. Cette secte se cachait dans des grottes inaccessibles et narguait les autorités, qui n’arrivaient pas à les mettre hors d’état de nuire. De temps à autre, certains d’entre eux descendaient en ville, y enlevaient une ou deux femmes et les jetaient du haut d’une falaise après les avoir violées. » Comme on le comprendra, la situation précaire des femmes semble être directement liée à l’action, non pas de la société en tant que telle, mais plutôt d’un groupuscule éloigné de la société mais qui exerce de la terreur sur les femmes. Les femmes ne doivent donc pas leurs problèmes à l’islam et aux coutumes arabo-musulmanes, mais à une sorte de cancer issu de cette religion et de cette culture et qui ronge la société. C’est pour cette raison peut-être qu’il nomme celle par qui le symbole du terrorisme est vaincu Khadija, une femme à laquelle l’islam doit sa naissance et son rayonnement. Khadija propose une solution A15 radicale[41], opposée à celle constatée de nos jours. Elle refuse qu’on tue les terroristes (Barbe Bleue fut tué chez Perrault). Elle propose que les terroristes soient jugés pour faire peut-être toute la lumière sur leur agissement.

Pour finir, Ben Jelloun traite du problème de l’esclavage arabo-musulman des africains noirs. C’est un sujet d’actualité dans les discussions en Afrique, car pendant des siècles, plusieurs africains noirs ont été déportés dans le monde arabe. La parenthèse de l’histoire de Bahija 2 A6 ɛ3) a donné à Ben Jelloun l’occasion d’évoquer le sujet tabou en Afrique. La question est de savoir dans les discussions qui est coupable de quoi ? Ben Jelloun, tout en relançant le débat semble avoir tranchant. Car s’il ne cache pas la cruauté dont a été victime Bahija en tant qu’esclave, il semble dire que la mère de Bahija l’a vendue, elle et quatre autres sœurs, à cause de la pauvreté. Ben Jelloun renvoie de ce fait les Africain noirs et arabes dos-à-dos, car tous partageraient cette responsabilité.

En guise de conclusion pour cette partie, il faut dire que Ben Jelloun en traitant de sujets aussi complexes brise les mûrs idéologiques pour diagnostiquer de façon ludique les problèmes dont souffre le monde arabo-musulman.

Conclusion

Pour conclure, il faut dire que l’analyse faite dans ce court travail n’est qu’une ébauche de ce qu’il est possible de faire avec ce conte de Perrault repris par Ben Jelloun trois siècles plus tard, mais dont la reprise n’épuise pas toutes les facettes de La Barbe Bleue. Perrault a fixé par l’écriture un conte qui des générations durant a vécu dans la mémoire collective. On aurait pu croire qu’après Perrault plus aucune transformation de ce conte ne serait possible. Et pourtant, en reprenant ce conte et l’adaptant au contexte chaotique (semblable à celui que décrit la version de Perrault) de son siècle, Ben Jelloun redonne une nouvelle vie, une nouvelle couleur et nouvelle saveur à un conte qu’on aurait crue fixé pour toujours. Si le Barbe Bleue du Moyen-Âge fut un aristocrate sanguinaire, assoiffé de pouvoir, celui du siècle de Ben Jelloun est un oisif, un idéologue inculte, un extrémiste se battant pour une cause dont lui-même ignore les contours.

Bibliographie

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Vladimir PROPP, Morphologie du conte, Seuil, 1965-1970.

 

[1] Voir Les frères Grimm :  Heinz Rölleke, spécialiste des contes de Grimm, sur l’absence de morale dans les contes… et la bouteille de rosé français dans le panier du petit chaperon, http://www.arte.tv/fr/les-freres-grimm/718636,CmC=726204.html, consulté le 10/02/2016

[2] « Je suis né à Fès en 1944 » confie Ben Jelloun sur son site internet, http://www.taharbenjelloun.org/index.php?id=3

[3] Voir : « Cette envie de m’approprier à ma façon certains contes de Charles Perrault remonte sans doute à toute cette histoire, demeurée intacte dans ma mémoire. En les relisant, je n’ai pu m’empêcher de penser à ma vieille tante mythomane, si sympathique, si pathétique et tellement humaine. Elle avait une imagination exceptionnelle. Et si elle avait su lire et écrire, peut-être aurait-elle composé une œuvre magnifique. Je me suis dit, par exemple : « Comment raconterait-elle Peau d’Âne ? Oserait-elle tout dire sur Barbe-Bleue ? Quelle morale en aurait-elle tirée ? », Avant-propos : Hommage à Charles Perrault, Tahar Ben Jelloun : Mes contes de Perrault, Seuil, 2014.

[4] Voir : « Bref, je me suis glissé dans son cerveau et j’ai pris la liberté d’orientaliser ces contes, c’est-à-dire d’y mêler des épices et des couleurs issues d’autres pays, d’autres imaginaires. Et si j’ai choisi de les situer dans des pays arabes et musulmans, c’est aussi parce qu’il est temps de dire ces pays autrement que sous le signe du drame et de la tragédie, autrement que dans un contexte de fanatisme, de terrorisme et d’amalgame. Ce qui n’exclut pas, bien entendu, la critique de la société et la mise à l’index de ses incohérences et de ses hypocrisies. », idem.

[5] Voir : Fonction 28 des 31 fonctions des personnages du conte de fée établies par Propp, La morpholoqie du Conte, 1965 et 1970.

[6] Voir : La Mère dévorante. Essai sur la morphologie des contes africains, 1976.

[7] Evguéni Mélétinski : « L’étude structurale et typologique du conte », In Vladimir Propp : Morphologie du conte, pp201-254, Seuil 1965-1970.

[8] Il Il faudrait entendre par „continuum“ : « Ensemble dont les éléments constituent un tout indissociable. Le continuum espace-temps », http://www.cnrtl.fr/definition/academie9/continuum, consulté le 18.02.16.

[9] Charles Perrault, Contes, Illustration de Gustave Doré, Pocket, 2006, p119.

[10] Voir « dame de qualité » que la note précise par « de naissance noble », idem, pp 116-117.

[11] Vladimir Propp : Morphologie du conte, pp 81-85, Seuil 1965-1970.

 

[12] Voir Genèse 3, versets 1 à 24, Louis Segond : La Bible (La Sainte Bible- Ancient et Nouveau Testament), 1910.

[13] Voir « La Barbe Bleue » In : Tahar Ben Jelloun : Mes contes de Perrault, Seuil, 2014.

[14] Choix de W#*. Il ne s’agit de trône à proprement parler, mais elle hérite de toute les richesses et du titre de son époux qui fait office de trône. Car elle n’est pas seulement mariée, elle hérite également de la fortune. Raison pour laquelle W#* semble plus convenir que w2.

[15] Idem.

[16] Voir : op.cit. Dictionnaire de l’Academie française, consulté le 29.02.2016 http://www.cnrtl.fr/definition/academie8/symbole.

[17] Op.cit. Dictionnaire de l‘Académie française.

[18] Idem.

[19] Frédéric GODEFROY, Complément du dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, 290.

[20] Il s’agit de Maurice Pillard VERNEUIL, Dictionnaire des symboles, emblèmes et attributs, Renouard Henri Laurens, p. 22 et Jean CHEVALLIER ; Alain CHEERBRANT, Dictionnaire des symboles, mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres, Robert Laffont/Jupiter, pp.107-108.

[21] Voir Dictionnaire de symboles et

[22] Jean CHEVALLIER ; Alain CHEERBRANT, op.cit., p 129.

[23] C’est elle que Barbe Bleue choisit dans la version de Ben Jelloun justement pour ne pas éveiller des soupçons sur ses intentions macabres.

[24] Maurice Pillard VERNEUIL, op.cit. p.27

[25] «-Il n’a pas pu, son machin est trop petit; il ne se lève pas comme on m’avait dit. Je me suis laissé faire, il a transpiré et s’est agité. –  Barbe-Bleue n’est pas un homme… pas un homme… » T. B. Jelloun, op.cit.

[26] Virilité désigne à notre sens le pénis dans cette citation.

[27] Jean CHEVALLIER ; Alain CHEERBRANT, op.cit. p.131.

[28] Frédérick Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, Complément, volume 8, p.290.

[29] Dictionnaire de l’Académie française, op.cit.

[30] Voir Encyclopᴁdia Britannica, http://www.britannica.com/biography/Khadijah, consulté le 03.03.16.

[31] Encyclopᴁdia Britannica, http://www.britannica.com/topic/mullah, consulté le 03.03.16.

[32] Il est bon car Bahija le décrit ainsi, comme son protecteur.

[33]«  Il faisait aussi ses cinq prières, tout en restant assis. Son gros ventre ne lui permettait pas de se prosterner comme il convient […] Il n’était pas un bon musulman mais veillait aux apparences. Ainsi, une fois l’an, au moment de la fête du Mouloud, il faisait l’aumône… », Tahar Ben Jelloun, op.cit.

[34] « Il était une fois un homme qui avait de belles maisons à la ville et à la campagne, de la vaisselle d’or et d’argent, des meubles en broderie, et des carrosses tout dorés… », Charles Perrault, op.cit., p.117.

[35] Idem.

[36] Ibidem., p.119.

[37] Voir le chapitre 2.2. à ce sujet.

[38] Voir note de bas de page 4 à la page 1.

[39] « Je n’ai pas cherché à tirer de chaque conte une moralité. Notre époque ne s’y prête guère, et l’effet menaçait d’être contre-productif. Je m’en suis donc tenu à un simple constat, qui trace un fil de Socrate à Cioran en passant par Spinoza : l’être humain persévère dans son être, et rien jamais ne le changera, ni dans son extrême brutalité ni dans son infinie bonté. Charles Perrault comptait sur le « sommeil de la raison » pour faire apprécier ses histoires d’ogres et de fées. Ces contes, destinés autant aux petits qu’à leurs parents, nous invitent à ne pas poser trop de questions. Nous savons pourtant que notre époque ne manque ni d’ogres ni d’ogresses aux figures inattendues ; tous ces prédateurs, ces monstres d’égoïsme, ces cyniques qui dominent le monde et meurent de vieillesse dans leur lit. Finalement, l’unique morale de l’histoire, c’est qu’il faut, partout et en toute circonstance, garder sa lucidité et sa vigilance bien en éveil. De tout temps, l’homme s’est conduit non comme un quelconque animal de proie envers son prochain, mais plus simplement, fidèle à lui-même, comme « un homme pour l’homme ». Les ravages n’en sont que plus terribles. », Avant-propos, Tahar Ben Jelloun, op.cit.

[40] « Barbe Bleue », Tahar Ben Jelloun, op.cit.

 

[41] Voir le tableau de personnage chez Ben Jelloun, chapitre 1.2 à la page 5.

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