Exclusion de l’opposition des élections législatives : la fable du loup et l’agneau

Depuis quelques jours la une des journaux en République du Bénin tourne autour de la crise liée aux élections législatives, crise née de la volonté du gouvernement d’aller à des élections sans l’opposition. Les commentateurs se succèdent sur les plateaux de média pour justifier l’exclusion ou pour la dénoncer. Ce commentaire par du postulat que le président Talon et ses soutiens ne veulent pas d’élections inclusives. Ils perdront toutes élections auxquelles l’opposition participera. C’est la peur de perdre les élections qui pousse le président et son équipe à faire du dilatoire. Deux arguments sont souvent avancés pour justifier la manœuvre exclusive : 1) l’opposition béninoise n’a pas respecté les lois, 2) l’opposition ne veut pas aller aux élections. Ce sont ces deux faux arguments que nous allons détruire dans notre commentaire.

  1. Du respect des lois de la république

Le gouvernement du président Talon est passé maître dans la violation des lois que le président a jurées de protéger le jour de son investiture à la tête du Bénin. Le journal béninois La nouvelle Tribune(un journal dont le gouvernement Talon s’est empressé d’interdire la parution) a publié, le 23 avril 2017 pour saluer les douze premiers mois du président Talon à la tête de notre pays, un article intitulé «12 mois de gestion de Talon pour 12 violations de la constitution ». Le journal revient dans cet article sur la violation systématique de la constitution par le gouvernement du Bénin. En un an de gestion selon le journal le président Talon a violé en moyenne chaque mois la constitution qu’il a jurée de protéger et respecter. Pour vous donner une image des violations perpétrées par le président, le journal cite : « la décision ayant sommé le chef de l’Etat et les membres du gouvernement de déclarer leur patrimoine ».S’il y a violation, cela signifie que ni M. Talon ni les membres de son gouvernement ont déclaré leur patrimoine. Pis, le président du Fonac(Front des Organisations Nationales de lutte contre la Corruption) Jean Baptiste Elias soutient que les députés, qui soutiennent le président actuel et qui accusent leurs collègues de l’opposition de ne pas respecter la loi, ne respecteraient pas eux aussi la loi. Nombreux sont ceux qui ont, comme les membres du gouvernement, publié soit tardivement soit pas du tout leur patrimoine. Un célèbre proverbe béninois dit : « Si la cour du mouton sale, ce n’est pas au cochon de le dire ».Le mouton dans notre exemple c’est l’opposition, la mouvance présidentielle étant le cochon. Le cochon, au lieu de se taire, se pare de toutes les vertus de propreté possibles et accable le mouton pourtant plus propre d’être le plus sale de la ferme électorale du Bénin. Le fermier de la ferme électorale (le président de la CENA), pour départager le mouton et le cochon, soutient que le cochon serait sale, mais seulement de saleté mineure et que seul le mouton est coupable de saleté majeure. Toute saleté n’est-elle pas saleté ? Peut-on de façon objective faire une hiérarchisation des saletés sans tomber dans des interprétations dangereuses ? Ceci ne sont que des questions rhétoriques. Puisque la réponse est non ! L’opposition voyant le deux poids deux mesures dans l’interprétation de la loi par la CENA est en droit de revendiquer son droit d’aller aux élections. Aussi à supposer même que l’opposition béninoise refuse de se conformer aux nouvelles lois que le président Talon a fait voter en payant les députés (nous vous renvoyons à l’article intitulé « Les esclaves du président Talon ». Ce refus serait tout à son honneur ! Le chemin des libertés actuelles est le résultat du non-respect de lois injustes. Sur le plan historique, c’est en refusant de respecter les lois esclavagistes (le code noir par exemple), que les ancêtres des Africains ont brisé leurs chaînes. Tenez un morceau, choisi pour vous, extrait de laversion élaborée par le ministre français Jean-Baptiste Colbert etpromulguée en mars 1685 par le roi Louis XIV:  « Article 38 L’esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l’aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lis une épaule; s’il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et il sera marqué d’une fleur de lys sur l’autre épaule; et, la troisième fois, il sera puni de mort. » Les ancêtres des Africains actuels ont-ils eu tort de vouloir leur liberté ? Fallait-il accepter cet article sans broncher ? Non ! Fuir, donc désobéir, a été l’acte le plus noble, le plus sain(t), le plus logique que les esclaves ont eu à poser. Rester aurait été accepter d’être un meuble comme le stipule un autre article. Nous citons toujours la même version du code noir : « Article 44Déclarons les esclaves être meubles et comme tels entrer dans la communauté, n’avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers, sans préciput et droit d’aînesse, n’être sujets au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni au retranchement des quatre quints, en cas de disposition à cause de mort et testamentaire. ».Accepter une telle loi n’est-ce pour les millions de Noirs à travers le monde accepter d’être les égaux des fauteuils sur lesquels ils s’asseyent et qui supportent sans broncher les courroux de leurs pets quotidiens ? C’est également par la loi que l’Afrique du Sud et les USA ont réglementé la séparation des races et que ces deux pays ont officialisé la supériorité des Blancs sur tous les non-Blancs. Nelson Mandela et Rosa Parks ont été de criminels au regard des lois de l’époque. En choisissant librement la place qu’elle voulait dans un bus, Rosa Parks violait la loi de l’apartheid, de la séparation des Blancs des Noirs. Et pourtant, c’est leur non-respect de ces lois injustes qui permet aujourd’hui aux Noirs du monde d’entier de s’assoir dans le même bus, café, restaurant, bar que les Blancs, de jouir (en théorie au moins) des mêmes droits que tous les autres peuples du monde.

Sur le plan national béninois, le peuple béninois s’est révolté contre les lois jugées autoritaires du gouvernement révolutionnaire du Bénin. Des lois qui, au lieu faire le bonheur du peuple et d’assurer son épanouissement, le mettaient plutôt dans les fers. Le peuple a refusé ces lois barbares, et s’est battu pour les abolir assurant ainsi à chacun le droit à une propriété privé, à la liberté d’expression, à l’expression libre de ses choix politiques. Ce combat ayant abrogé les lois existantes a ouvert l’ère démocratique actuelle. Une ère qui fait la fierté du peuple béninois. De la désobéissance aux lois injustes est né un outil de fierté : le système politique démocratique du Bénin, une étoile brillante dans un ciel politique orageux en Afrique à l’époque (février 1990). Qui dit que seul le respect aveugle des lois faisait de nous les bons citoyens ? Le président Talon et les siens ne doivent pas ériger le respect des lois comme étant acquis. Nul n’est soumis au respect des lois injustes.   

  • L’opposition ne veut pas aller aux élections

C’est là l’argument le plus ambigu de l’actualité électorale au Bénin. Comme une litanie, les membres de la mouvance présidentielle au Bénin chantent à tue-tête cette phrase : « l’opposition ne veut pas aller aux élections. » Quand on leur pose la question de savoir pour quelles raisons ils pensent ce qu’ils affirment, ils vous renvoient à l’argument développé plus haut. Ils soutiennent que l’opposition en ne respectant pas la loi s’exclut volontairement. Nous avons vu plus haut que ceci est inexact. S’il y a eu non-respect de la loi, c’est des deux côtés qu’il faut chercher. Et surtout du côté de la mouvance présidentielle. En plus l’opposition répond qu’il n’y aura pas d’élections sans elle. Elle crie haut et fort qu’elle veut aller aux élections. Elle a tout fait pour. Mais le pouvoir Talon persiste dans son auto-mensonge selon lequel l’opposition ne voudrait pas aller aux élections. Que se passe-t-il donc. Pour comprendre ce phénomène plutôt étrange, écoutons la faible d’Esope du loup et l’agneau : 

« Un loup, voyant un agneau qui buvait à une rivière, voulut alléguer un prétexte spécieux pour le dévorer. C’est pourquoi, bien qu’il fût lui-même en amont, il l’accusa de troubler l’eau et de l’empêcher de boire. L’agneau répondit qu’il ne buvait que du bout des lèvres, et que d’ailleurs, étant à l’aval, il ne pouvait troubler l’eau à l’amont. Le loup, ayant manqué son effet, reprit : « Mais l’an passé tu as insulté mon père. — Je n’étais pas même né à cette époque, » répondit l’agneau. Alors le loup reprit : « Quelle que soit ta facilité à te justifier, je ne t’en mangerai pas moins. » ».

Vous aurez sans doute reconnu le loup dans cette fable : ce sont le président Talon et ses soutiens. Il ne fait pas l’ombre d’un doute que le pouvoir actuel au Bénin a peur d’une élection ouverte. La côte de popularité du président Talon et de ses soutiens est telle que n’importe quel membre de l’opposition les battrait aux échéances à venir. Alors tout comme le loup, on use de sophisme pour abattre l’opposition avant même les élections. Ainsi donc l’opposition a tout fait : d’abord conscient de sa main mise sur tous les leviers de l’économie béninoise, le président Talon fait voter une loi qui fixe la caution pour participer aux élections à des taux pharaoniques : 250 millions de francs CFA (à peu près 500 000 dollars) par candidat pour la présidentielle et 249 millions de francs CFA par liste aux élections législatives ; la nouvelle charte politique impose aux partis politiques existants de se conformer (là encore il faut beaucoup d’argent pour constituer les dossiers de plus mille membres) ; en suite le président de la cour constitutionnelle crée un précédent permettant au gouvernement à travers le ministère de l’intérieur d’intervenir dans le système de la sélection des partis admis à participer aux élections. Rappelons au passage que le ministre lui-même est candidat sur une liste concurrente. L’opposition a joué le jeu avec la même naïveté que l’agneau, accordant foi à la bonne moralité du loup. Mais, le loup mange l’agneau. Le ministère de l’intérieur écarte les partis d’oppositions usant d’arguments improbables dans une interprétation hasardeuse et illégale des statuts internes aux partis de l’opposition. Que faire ?

  • Notre commentaire à l’endroit de la classe politique béninoise

La constitution du Bénin stipule en son article Article 41 que « Le Président de la République est le chef de L’Etat. Il est l’élu de la Nation et incarne l’unité nationale. »C’est donc de la responsabilité du président Talon de veiller à ce que l’unité règne. Le sophisme auquel il a fait preuve dans son one-man-show télévisé du 11 avril 2019ne cadre pas avec le serment qu’il a prêté lors de son investiture le 06 avril 2016. Nous citons l’extrait de l’Article 53 : « Devant Dieu, les mânes des ancêtres, la Nation et devant le Peuple béninois, seul détenteur de la souveraineté, 

Nous, Président de la République, élu conformément aux lois de la République jurons solennellement :

–          de respecter et de défendre la constitutionque le Peuple béninois s’est librement ;

–          de remplir loyalement les hautes fonctions que la Nation nous a confiées ;

–          de nous laisser guider par l’intérêt généralet le respect des Droits de la personnehumaine, de consacrer toutes nos forces à la recherche et à la promotion du bien commun, de la paix et de l’unité nationale ;

–          de préserver l’intégrité du territoire national ;

–          de nous conduire partout en fidèle et loyal serviteur du peuple. En cas de parjure, que nous subissions les rigueurs de la loi ». 

Comme tout le monde peut le lire, personne ne demande président Talon de tout faire pour plaire au peuple. On lui demande de respecter son propre serment, de respecter la constitution. S’il ne le fait pas, alors on pourrait parler de haute trahison prévue à l’article 74 de la constitution béninoise. Cet article est clair et ne laisse de place à de l’interprétation intéressée. Il pose : « Il y a haute trahison lorsque le Président de la République a violé son serment, est reconnu auteur, co-auteur ou complice de violations graves et caractérisées des droits de l’homme, de cession d’une partie du territoire national ou d’acte attentatoire au maintien d’un environnement sain, satisfaisant, durable et favorable au développement ». Le président Talon dans son show télévisé a reconnu vouloir laisser seulement deux partis jumeaux créés par ses propres soins aux élections. Ce faisant, il a entériné l’exclusion de l’opposition. L’exclusion de l’opposition est un acte qui ne garantit pas un environnement sain, satisfaisant, durable et favorable au développement. La preuve nous est fournie par la présence de véhicules de guerres dans toutes les villes du Bénin. Aussi cette présence des véhicules de guerre dans les différentes villes du Bénin est une violation très grave de la constitution en son article, car cette présence a tous les attributs d’un État de siège, un dispositif constitutionnel bien encadré par l’article 101de la constitution : « La déclaration de guerre est autorisée par l’Assemblée Nationale. Lorsque, à la suite de circonstances exceptionnelles, l’Assemblée Nationale ne peut siéger utilement, la décision de déclaration de guerre est prise en Conseil des Ministres par le Président de la République qui en informe immédiatement la Nation.L’état de siège et l’état d’urgence sont décrétés en Conseil des Ministres, après avis de l’Assemblée Nationale. La prorogation de l’état de siège ou de l’état d’urgence au-delà de quinze jours ne peut être autorisée que par l’Assemblée Nationale. Lorsque l’Assemblée Nationale n’est pas appelée à se prononcer, aucun état de siège ou état d’urgence ne peut être décrété sans son autorisation, dans les soixante jours qui suivent la date de mise en vigueur d’un précédent état de siège ou d’urgence. ». Le président Talon et son gouvernement ont-ils respecté la procédure ? Le président s’est-il adressé à la nationpour justifier la raison pour laquelle les militaires font les patrouilles à la place des policiers dans les villes béninoises ? Quelle Assemblée Nationale est-ce que le président Talon a consulté ? Quelle Assemblée Nationale a autorisé l’usage de l’armée contre le peuple Béninois ? Tant que ces questions n’auront pas de réponses, la stabilité du pays se jouera sur le fil du rasoir. 

Le président Talon et toutes la classe politique doivent se rassoir pour éviter une guerre de proxy à notre pays. La situation actuelle dans la région ne permet pas aux politiciens de jouer avec le feu. Le Bénin est le seul pays frontalier du Nigeria en paix en ce moment. Toutes les autres frontières du géant voisin sont en feu. Si le Bénin cède, et laisse entrer les proxys qui n’attendent qu’une étincelle au Bénin pour enfin encadrer le Nigéria, le Bénin sera d’abord la première victime. Le Nigeria étant la vache à lait du Bénin, si le Nigéria tombe, c’est toute l’Afrique de l’Ouest qui sombrera avec lui. Naturellement les politiciens africains refusent de voir plus loin que le bout de leur nez. Ils préfèrent comme au Bénin se battre pour des miettes, au lieu de protéger le gâteau que les envahisseurs étrangers sont en train de se repartager. M. Talon et l’opposition doivent comprendre qu’une guerre ne fera ni les affaires des uns, ni celles des autres. Bien au contraire, elle partira du Bénin et dévastera d’abord toute la grande frontière Est pour croiser les flammes déjà hautes à la frontière Nord-ouest. Le basin cotonnier se produira plus pour les usines de M. Talon. Le port s’asséchera, puisque les frontières Est, Nord, et Nord-Est et Nord-Ouest n’étant plus sûres, les recettes douanières et le PVI seront sevrés. Avec quoi le président Talon veut-il le développement qu’il prétend vouloir apporter au Bénin ?  Le Bénin produira des djihadistes, de combattants proxys, les tirailleurs terroristes de temps modernes pour comme par le passé dévaster le région ouest-africaine pour les desseins inavoués de forces étrangères en concubinage incestueux avec quelques filles et fils d’Afrique.  A quoi serviront les usines de textiles annoncées ? Trêves de sophismes ! Au travail pour étonner le monde !

Auteur : Nouhoum Baoum

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