Bénin: la naissance d’un monstre (1)

Depuis le 1ermai 2019 un monstre est né au Bénin. Longtemps cité comme exemple, comme lumière, comme repère de l’évolution démocratique d’un continent démocratiquement, le Bénin sous le régime Talon vient de forcer les portes bien fermées conduisant à la tyrannie. Cela faisait trois années que les oracles annonçaient le risque lié à la grossesse que le Bénin porte depuis le 6 avril 2019.  Si le peuple béninois retenait son souffle et priait tous les Vodous pour conjurer le sort, ce fut peine perdu. Les oracles ne sont pas trompés. Le monstre est né, terrible et à multiple facettes !

  1. Première facette : le mensonge 

Le dictionnaire de l’Académie française définit le « mensonge » comme un « propos contraire à la vérité, tenu avec dessein de tromper. »Jamais dans l’histoire du Bénin, le mensonge et la manipulation de masse aura été aussi gigantesque. Si depuis 2016, l’on a considéré que le mensonge fait partie du jeu politique, et pour les populations les mots « politique » et « mensonge » sont des synonymes, l’usage qui est en fait ces derniers jours donne des sueurs froides. Le 1ermai 2019, la police appuyée par l’armée béninoise a ouvert le feu sur des manifestants : hommes, femmes, jeunes et vieux. Bien que le tout s’était passé sous les projecteurs des réseaux sociaux, le ministre béninois de l’intérieur, M. Sacca Lafia, nie catégoriquement sur la radio française RFIles tueries. Il dit Nous avons des grenades lacrymogènes, notre police n’a pas fait usage d’armes. »Et pourtant, les images issues des réseaux sociaux prouvaient le contraire. Malheureusement, un proverbe africain nous dit : « Le mensonge donne des fleurs mais pas de fruits. ». M. Sacca Lafia a dû rétropédaler pour reconnaitre l’usage d’arme de guerre contre un peuple qui manifeste les mains nues. 

  • Deuxième facette : le cynisme

Le Larousse en ligne définit le cynisme comme « attitude cynique, mépris effronté des convenances et de l’opinion qui pousse à exprimer sans ménagements des principes contraires à la morale, à la norme sociale. »La première facette va de pair avec la deuxième. Dès sa prise de pouvoir, le président Talon et son équipe se sont montrés très cyniques. Le président a annoncé les couleurs dans une interview qu’il a accordé à Le Monde. Le journaliste lui pose la question suivante : « Pendant trente ans, vous n’avez pensé qu’à une chose : vous enrichir. Comment pouvez-vous maintenant garantir aux Béninois que vous allez penser à eux ? » Le président Patrice Talon répond : « Ça va vous choquer, mais ce que je fais, c’est d’abord pour moi-même. Je pense à moi tout le temps. ». Avec la formule « Ça va vous choquer », on pourrait être tenter de faire l’éloge du président en disant qu’il a le mérite de la franchise. Sinon, qui au monde ne pense pas, d’abord à lui-même. Mais ceci n’est qu’une illusion. Car on peut dire qu’on pense d’abord à soi. Mais le traduire en actes quand on est chef d’État détruit l’effet de franchise et illustre juste le degré de cynisme de la personne qui agit ainsi. Aussi, dans la même verve, le président Talon à plusieurs reprise a utilisé la formule (devenue célèbre au Bénin) « Vous allez en souffrir et vous ne pouvez rien faire ». Le déguerpissement des populations aux abord des artères des villes béninoises respecte cette formule. Du jour au lendemain, le gouvernement du Bénin prive les braves populations de leurs sources de subsistance. C’est en vendant au bord des rues que plusieurs béninoises couvrent les besoins de leurs familles. Le gouvernement en les chassant sans mesure alternative a envoyé des milliers de familles aux enfers des incertitudes, des famines et des crises familiales. Pendant ce temps, le président déboursait des milliards des caisses de l’État pour payer ses propres sociétés !

  • La troisième facette : le contrôle des médias  

« Les chiens de garde », comme les appelle Paul Nizan font la propagande le leur maître, prêt à mordre avec leurs plumes ou plutôt leurs claviers qui ose mettre à nu le cynisme et les dérives du maître. Le maître leur paye cher, très cher pour cela. C’est ainsi qu’au Bénin, depuis 2016, l’on assiste au phénomène de « titres siamois ». On retrouve dans plusieurs médias (aussi bien conventionnels que digitaux) les mêmes articles à la gloire des actions du chef. Sur les réseaux sociaux, les Klébés (une expression béninoise qui se rapporte aux personnes à la solde du président Talon qui chantent ses louanges et inondes les réseaux sociaux de la propagande d’État). La population est privée d’informations indépendantes. Les journaux qui ne jouent pas le jeu sont asphyxiés par les taxes ou tout simplement fermé. C’est le cas emblématique du journal La nouvelle Tribune. Ce journal est interdit de parution des plusieurs mois. En plus, ne pouvant pas contrôle internet et les réseaux sociaux, une nouvelle loi intitulée Code du numérique(ressemblance terrible au Code Noir) est votée pour réprimer ce dernier rempart de la liberté de l’expression. Cette loi fait la police de la pensée et punit sévèrement pour personne qui en contrevenait. Cette tendance, n’est pas seulement béninoise : en Côte d’Ivoire par exemple, un député a été jeté en prison pour des commentaires sur les réseaux sociaux ! Les prisons béninoises comptent également des détenus du délit d’opinion ! Et ceci nous conduit à la quatrième facette du monstre : la répression.

  • La quatrième facette du monstre : la répression et la violence

Le monde découvert le vrai visage de ceux qui gouverne le pays après les images terribles qui ont fait le tour du net et la coupure d’internet le jour des élections législatives. Le peuple béninois depuis 2016 subit non sans broncher la répression et la violence exercées par M. Talon et son gouvernement. Qu’est-ce que la violence ? Larousse en ligne nous informe que la violence est une « Contrainte, physique ou morale, exercée sur une personne en vue de l’inciter à réaliser un acte déterminé » ou« Ensemble des actes caractérisés par des abus de la force physique, des utilisations d’armes, des relations d’une extrême agressivité ». Comme vous pouvez le constatez, les trois facettes citées précédemment sont toutes des formes diverses de violence. Mais celle qui va révéler le Bénin de Patrice Talon, c’est la répression violente et barbare des 1eret 2 mai 2019. Pour que les Klébés ne nous accusent pas de travestir la situation, voyons ce que signifie le mot répression. Pour le Larousse donc, la répression est une « Action d’exercer des contraintes graves, des violences sur quelqu’un ou un groupe afin d’empêcher le développement d’un désordre ». Dans des circonstances différentes, on accorderait volontiers au gouvernement du Bénin de droit d’user du monopôle de la violence d’État pour rétablir l’ordre. Pour cela, il faut avoir une légitimité. Le président Talon et son gouvernement en excluant l’opposition de la course aux législatives, et au regard des facettes que nous avons citées jusqu’ici, s’est mis le peuple à dos. Si la colère du peuple est légitime, la répression sanglante exercée par le gouvernement est-elle hors de tout cadre. Quelle légalité autorise-t-elle un gouvernement à donner l’ordre de tirer sur des populations non armées ? Dans quel article de la constitution béninoise lit-on qu’il faut tuer les manifestant parce qu’ils refuseraient d’entendre raison ? Les ministre Sacca Lafia, en reconnaissant les crimes contre l’humanité de son gouvernement a dit, citons « Ceux qui sont rassemblés en face de chez Boni Yayi, en plus d’être ses partisans, ils sont aussi des vandales. Hier par exemple, en attaquant le ministère du Travail, ils ont dérobé une trentaine de motocyclettes et deux voitures. Ils se sont attaqués à des distributeurs de billets de banque […] C’est tard dans la nuit qu’il y a eu quelques actes qui sont allés contre la consigne donnée. Probablement, les militaires étaient débordés. Et ils allaient vers des points névralgiques comme la radio, comme des banquesOn ne pouvait qu’agir de cette manière pour les retenir et les repousser. »Cet aveu du ministre consacre le dévoilement du monstre. Si jusqu’ici on le sentait venir, le monstre se révèle (sans jeu de mots) dans toute sa splendeur ! Quel pouvoir que celui de tuer quiconque empêche le tyran de dormir ! Qu’en est-il du serment du président de servir ce peuple dont il fait des poitrines des passoires ? La démocratie donne le droit au peuple de chasser le dictateur par les moyens de la manifestation. Les images choquantes qui circulent sur les réseaux montrent clairement que le peuple béninois ne veut plus du gouvernement actuel. De quelle légitimité dispose encore le gouvernement Talon ? Que fera le président Talon les fois prochaines, quand le peuple sortira ? Car il va sortir !

Notre appel pour conclure est que le président Talon et son gouvernement doivent se rendre à l’évidence que la violence appelle la violence. Le président Talon doit se préparer à entrer dans l’histoire par deux chemins. Le premier, le plus facile, est celui qui consiste à continuer la répression. Mais il doit comprendre que ce serait comme mettre du Tchoucoutou (bière traditionnelle) dans une bouteille en plastique, de bien boucher la bouteille et de l’agiter dans tous les sens. La bouteille finit par exploser. C’est ce qui est arrivé le 28 avril, puis les 1eret 2 mai 2019. C’était avant la répression et les morts. Les prochaines explosions seront plus violentes, parce que les colères et les indignations ont atteints des stades dangereux. Si cela arrivait, le peuple, conscient des dangers, aura franchi le mur de la peur. Plus rien ne pourra l’arrêter. Même des balles de fusils.

Le second chemin est le plus difficile. Le président devra mettre ses égos de côté, inviter la classe politique, et reprendre les élections législatives en incluant tout le monde. Nous le disions déjà, c’est le plus difficile. Car il faut du courage pour se remettre en question. Il n’est pas donné à tout le monde de faire don de son égo. Bien qu’il soit le plus difficile, c’est le plus sûr. C’est ce chemin qui pourra sauver le Bénin et le mandat du président Talon. Va-t-il arrêter d’écouter les klébés et se dépasser ? Équation à plusieurs inconnus. Après tout, c’est M. Talon que le peuple a élu. 

Auteur: Nouhoum Baoum

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